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Les médias dominants dé-rappent ? Les rappeurs indépendants répliquent
Article mis en ligne le 13 septembre 2013
dernière modification le 9 septembre 2013

« Le rap est une sous culture d’analphabète » affirmait Éric Zemmour sur un plateau de France O. Aussitôt, les autres intervenants de l’émission s’empressaient de répondre à la provocation du polémiste en citant les noms d’artistes qui ont l’heur de plaire aux grands médias : MC Solaar, Abd al Malik ou Grand Corps Malade.

Cette anecdote est révélatrice de la considération dans laquelle est tenu le rap dans les médias dominants, radios spécialisées mises à part.

(...) Les rappeurs indépendants semblent avoir pris leur parti ce cette situation et ne pas s’abaisser à mendier un accès aux émissions culturelles de grande écoute. Au contraire, le fait de ne pas collaborer à ce genre d’émission devient un critère d’authenticité artistique sur la scène indépendante, qui cultive une fierté d’être en marge des médias « vendus, qui ne connaissent que la propagande » [1]. Cette position en marge de l’industrie musicale, qui a un accès privilégié aux médias, permet de développer un contenu critique.

Ainsi de ROCé, qui relate son expérience personnelle face aux médias dans La vitesse m’empêche d’avancer, sur l’album Gunz N’ROCé (...)

"...Toutes les questions m’attaquent, mes réponses font façades

Faut qu’je parle vite, que j’réponde ou que j’abdique

Pas l’temps de m’exprimer, l’présentateur fait l’arbitre

Avec ses préjugés, son humour de sale pitre

Son humeur, ses idées sur les questions des artistes

J’ai mis des années à construire un disque, un discours

Faut que j’en parle entre une bitch et un p’tit four

Je joue le jeu, je suis venu donc j’assume

J’parle vite, j’finis même par jouer ma propre caricature

Ça parle tellement vite qu’y a rien de sensé, c’est trop condensé

Parle avant d’penser, j’me sens violenté (...) "

les « vidéos maison », ces médias autoproduits par les rappeurs constituent-elles une alternative pour faire connaître et diffuser leur musique, à l’image de ce que peuvent être les clips pour des artistes ayant davantage de moyens (...)

La critique des médias diffusée dans le rap, se place donc sur deux plans principaux. Elle porte sur des professionnels des médias qui sont loin de faciliter l’expression des artistes et sur le conformisme de formats qui suscitent nécessairement des propos convenus. D’autre part, elle est une dénonciation de la sélection sociale et politique qui a cours dans les médias dominants qui n’ont d’égards que pour les plus favorisés qui s’expriment dans les canons légitimes [3] et qui exclut des jeunes renvoyés à leurs ghettos sans qu’on prête attention aux opinions qu’ils portent.