Suspendu le temps de la campagne électorale, le sujet du fonds qatari pour les banlieues est revenu dans l’actualité suite aux récentes précisions apportées par Arnaud Montebourg.
Désormais réorienté pour venir en aide aux « zones déshéritées », ce projet en dit long autant sur la nature des relations que la France de François Hollande souhaite tisser avec le petit émirat que sur la fracture sociale qui ronge une partie de notre territoire national. Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette affaire.
Le projet qatari a changé de nature et d’orientation. Hier « fonds pour les banlieues », il est désormais qualifié par les pouvoirs publics de « fonds franco-qatari » axé sur l’aide aux PME, aux zones déshéritées voire au redressement productif.
Derrière la valse des mots, l’objectif est de gommer toute visée vers les quartiers populaires. Soucieux de son image, le Qatar veut à tout prix éviter de prêter le flanc aux critiques d’un financement obscur de l’islam français et de ses franges radicales. (...)
Le Qatar a beaucoup d’argent et notre pays fait face à une crise économique sévère. Avec en toile de fond les politiques d’austérité qui sévissent en Europe, voilà posés les termes de l’équation.
Considérant Paris comme un élément-clé de son dispositif diplomatique et désirant renforcer à tout prix la densité d’une relation stratégique avec une puissance militaire de premier plan, le Qatar souhaite donner des gages de bonne volonté à une présidence qui, contrairement à la précédente, ne lui est pas acquise d’avance. (...)
Pour faire bonne figure auprès des nouveaux décideurs français et préserver un axe Paris-Doha aussi solide que possible, les Qataris ont donc décidé de mettre l’argent à disposition du nouveau gouvernement. Signe que le projet est pris au sérieux en haut lieu, c’est désormais Pierre Moscovici qui pilote le dossier. (...)
Les pays du Golfe sont devenus des destinations privilégiées des chefs d’Etat européens car les potentiels de croissance y sont exceptionnels. Rien qu’à lui seul, le Qatar prévoit un plan d’investissement de plus de 200 milliards de dollars pour organiser les prochaines compétitions sportives internationales que le pays va accueillir comme le Mondial de handball en 2015 ou la Coupe du monde de football en 2022.
De nombreuses entreprises françaises souhaitent capter une part du gâteau et les autorités sont donc prêtes à oublier le penchant semi-autoritaire de la petite monarchie pour gagner des parts de marché. (...)
De Julien Dray qui relaie la requête du député UMP à Jean-Luc Mélenchon qui dénonce une « colonisation par l’argent », une grande partie de la gauche a également tiré à boulets rouges sur ces nouveaux investissements.
Pourtant la majorité de cette même gauche s’est habituée à se rendre à Doha grâce à des séjours tous frais payés et s’est même pressée aux nombreuses réceptions de l’ambassade du Qatar en France.
Ces dernières années, ce lieu est devenu l’un des rendez-vous incontournables du gratin parisien (...)
Les différents « Plan Marshall » annoncés par les gouvernements successifs de ces vingt dernières n’ont quasiment rien donné et le chômage de masse devient le lot quotidien de millions d’habitants.
Ajoutés aux discriminations en tout genre et à la perte de confiance envers un pays qui les relègue dans une citoyenneté au rabais, nombre d’habitants de ces quartiers n’ont plus confiance en Marianne. Pour beaucoup d’entre eux, le futur se joue ailleurs. En partie au Qatar.