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La préférence nationale en contrebande
Réflexions critiques sur la récente « loi pour les chibanis »
Article mis en ligne le 6 octobre 2014

L’Assemblée Nationale a adopté, le 10 septembre 2014, une loi relative à « l’adaptation de la société au vieillissement » qui comporte un article 28 bis introduit par amendement facilitant l’accès à la nationalité française pour certains Chibanis. Nous ne pouvons que nous réjouir pour ceux qui bénéficieront de ce nouveau droit et de ses conséquences concrètes sur leur vie quotidienne.

Cependant, ce choix du Parti Socialiste et du gouvernement Valls renforce la logique de la « préférence nationale » que le Front National promeut depuis de nombreuses décennies. De manière explicite ou implicite, honteuse ou proclamée, ouvertement ou en contrebande, le consensus sur la préférence nationale s’étend et se renforce.

Les Chibanis, littéralement « cheveux gris », désignent les retraités étrangers ayant pour la plupart travaillé toute leur carrière en France. Vivant pour la plupart dans une précarité extrême, et fréquemment atteints par de nombreuses maladies, ces Chibanis sont en quelque sorte le témoignage vivant des inégalités structurelles qui touchent les étrangers en France et plus largement les populations issues de l’immigration.

Les Chibanis : Un analyseur des inégalités touchant les étrangers

Le niveau très faible de leur retraite explique leur précarité présente mais révèle également le niveau d’exploitation qui a caractérisé l’ensemble de leur carrière. A l’époque des dites « trente glorieuses », caractérisée par une amélioration des conditions objectives d’existence des travailleurs nationaux, ces travailleurs immigrés aujourd’hui Chibanis sont sous-payés, vivent dans des foyers, des bidonvilles ou des logements insalubres, ont des conditions de travail dégradées, subissent plus fréquemment des accidents du travail, sont largement exclus des droits syndicaux, etc.

La surexploitation est à la fois directe (sous-rémunération, conditions de travail, etc.) et indirecte (accès au logement, à la qualification, précarité du séjour, etc.). (...)

La citoyenneté de résidence est la grande perdante de cette logique nationalitaire, promue par l’extrême-droite mais s’étendant désormais bien au-delà de cette partie de l’échiquier politique. La même logique est en œuvre à propos du droit de vote aux résidents étrangers que le gouvernement Hollande a d’ores-et-déjà enterré. Pour ce droit porteur d’une citoyenneté de résidence, la naturalisation a également été avancée comme substitut.

La lepénisation des esprits [6]

Les luttes sociales se mènent également sur le plan des idées, et il n’est jamais neutre d’emprunter les mots, les thèmes et les logiques de l’adversaire. Depuis sa création, le Front National tente d’imposer ses concepts et sa logique de raisonnement. La première consiste à imposer l’idée d’une frontière ethnique et identitaire comme grille explicative des difficultés et crises sociales de la société française : l’immigration comme problème, l’identité nationale menacée et à défendre, « l’islam » comme incompatible avec « la république » ou « la démocratie », etc. On ne peut combattre cette logique, et l’expulser de la centralité politique, qu’en lui opposant de manière cohérente une autre frontière sociale et économique : celle de la lutte entre dominants et dominés, celle du combat pour l’égalité et contre les discriminations.(...)