De nouveaux travaux suggèrent l’existence d’un point de non-retour dont on serait aujourd’hui proche, qui se situe probablement entre 1,5 °C et 2,5 °C de réchauffement.
C’est une découverte scientifique qui débute comme un film d’espionnage. En 1966, en pleine guerre froide, des chercheurs de l’armée américaine perforent la glace du nord-ouest du Groenland, au niveau de leur base secrète de Camp Century.
Sous couvert de recherches, il s’agit de cacher sous la glace 600 missiles nucléaires à portée de l’Union soviétique. Pratiquant un forage de 1 400 mètres, les chercheurs extraient un peu plus de 3 mètres de carotte de sédiments sous-glaciaires, qu’ils congèlent et transfèrent dans un entrepôt à Copenhague. Une archive unique qui sera finalement… oubliée pendant plusieurs décennies.
La redécouverte de ces sédiments en 2017 et leur analyse par une équipe internationale de chercheurs – dont les résultats sont publiés lundi 15 mars dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) de l’académie des sciences américaine – constituent une avancée dans la compréhension de l’histoire du Groenland. Un voyage dans le temps, qui éclaire le futur de cette calotte grandement fragilisée par le réchauffement climatique et sa contribution à l’élévation du niveau de la mer. (...)
Les travaux de l’équipe américaine et européenne montrent que la calotte groenlandaise a disparu au moins une fois au cours du dernier million d’années, sous un climat à peine plus chaud que l’actuel. Il y a un million d’années, le Groenland a ainsi fondu quasi totalement.
La calotte de la zone de Camp Century – qui mesure actuellement plus de un kilomètre d’épaisseur – avait laissé place à une végétation de type toundra (mousse et buissons), et peut-être également quelques arbres (environnement de taïga). La température mondiale globale était alors environ 2,5 °C plus élevée que celle de l’ère préindustrielle et le niveau des mers 10 mètres plus haut. L’inlandsis groenlandais renferme en effet suffisamment de glace pour faire monter les mers de 6 mètres, et l’Antarctique, au pôle Sud, y a sans doute également contribué.
« Point de bascule »
Un deuxième épisode de réchauffement fait encore débat. « Il est possible que le Groenland ait aussi en partie disparu il y a 400 000 ans », indique Jean-Louis Tison, glaciologue à l’université libre de Bruxelles et l’un des auteurs de l’étude. La température globale était alors entre 1,5 °C et 2 °C plus élevée qu’à l’ère préindustrielle.
A cette ou ces deux exceptions près, la majorité du Groenland a été couvert de glace la plupart du temps au cours du dernier million d’années, indique l’étude (...)