Dans Paris au 19e siècle, tous les résidus font ressource dans l’économie circulaire des sous-produits urbains. Avant l’invention de la poubelle, réceptacle à couvercle domestique, la notion de déchet comme produit d’un abandon n’existe pas encore.
C’est avec la notion d’« invention des déchets urbains » entre 1790 et 1970, développée par les travaux de l’historienne de l’aménagement urbain Sabine Barles que nous pouvons mieux comprendre le changement de régime radical qu’ont connu nos sociétés entre le 19e et le 20e siècle dans leur relation à ce que nous appelons aujourd’hui « déchet ».
Tout fait ressource dans la période d’essor de la première industrialisation où les matières premières sont rares. Les résidus de la consommation, chiffons, os, bois, ferraille sont l’objet d’une intense récupération grâce à la figure du chiffonnier autour de laquelle s’organisent des filières économiques et de production importante qui permettent de nouvelles créations artisanales et industrielles. (...)
C’est la démographie croissante, l’apparition de nouveaux matériaux, tels que la bakélite puis les plastiques, les engrais de synthèse issus de la chimie à la place des fertilisants naturels, et l’essor du courant hygiéniste qui vont petit à petit rendre obsolètes les anciennes structures de récupération des ordures et développer, au cours du 20e siècle de nouvelles stratégies de traitement et d’élimination des résidus de la consommation et de la production qui, ne servant plus, sont l’objet d’un « abandon » et deviennent vraiment les déchets que nous connaissons.
Le volume croissant de ces ordures « dont on ne fait plus rien » engendre une industrialisation du traitement des déchets, avec la création d’usines de traitements qui une fois créées ont besoin d’être alimentées. Le cycle du « Waste Management » est créé, dont les filières ne vont cesser de croître tout au long du 20e siècle. (...)
Ainsi l’incinération et l’enfouissement dans les décharges vont-ils prospérer jusqu’à ce que l’on découvre leurs effets polluants, sous la charge notamment des matières plastiques brûlées ou enfouies dans les sols. (...)