« Tuyau percé », discriminations inconscientes, protocoles expérimentaux : le programme LIBRA vise à coordonner les bonnes pratiques pour faire de l’égalité des sexes une réalité dans la recherche scientifique.
« Un processus collaboratif qui conduira à des actions et des politiques concrètes, pas seulement pour les institutions participantes, mais pour l’ensemble de la communauté scientifique ». C’est ainsi qu’Isabelle Vernos, responsable au Centre de régulation génétique de Barcelone, et principale coordinatrice du programme LIBRA, présente ce projet européen lancé jeudi 29 octobre.
A travers le programme LIBRA, treize centres européens de recherche sur les sciences de la vie, réunis dans le réseau EU-Life, s’associent pour « prendre des mesures innovantes en vue d’atteindre l’égalité des sexes dans les activités de recherche » (« Leading Innovative mesures to reach gender Balance in Resarch Activities » = LIBRA). Avec un triple objectif : évaluer précisément les inégalités de genre dans leurs institutions, mettre en œuvre des bonnes pratiques pour faire avancer l’égalité. Mais aussi renforcer la prise en compte du genre au sein des processus de recherche.
Du côté des inégalités, il s’agira de s’attaquer au phénomène du « tuyau percé » : le nombre de femmes dans les sciences décroit fortement après le doctorat, plus encore quand il s’agit d’accéder à des postes de décision. (...)
Parmi les treize participants au programme LIBRA, un français : le centre de recherche de l’Institut Curie. Et si la France est plutôt un mauvais élève européen, celui-ci montre plutôt l’exemple en ce qui concerne la place des femmes. Les analyses menées en amont du projet LIBRA montrent qu’il est le meilleur des 13 instituts européens en termes de chiffres, explique aux Nouvelles NEWS la coordinatrice du projet pour l’Institut Curie, Dorthe Nickel. (...)
Au delà des analyse chiffrées, les participants conduiront également auprès de leurs personnels des tests de « discriminations inconscientes », « implicit bias », importés des Etats-Unis (ce travail est par exemple mené chez Google). « Au travers d’un questionnaire, nous chercherons à débusquer les préjugés », explique Dorthe Nickel. « Les gens ne sont pas ouvertement sexistes, mais ils peuvent parfois adopter des comportements discriminants sans même en avoir conscience. Ce sera très intéressant de voir ce qu’il en est de ces préjugés, chez les femmes comme des hommes, d’ailleurs. »
Troisième point, la mise en place de protocoles afin d’intégrer au mieux la dimension de genre dans tous les travaux de recherche (...)