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France24
L’avenir des sportives afghanes face aux Taliban
Article mis en ligne le 18 août 2021

Le retour des Taliban au pouvoir en Afghanistan depuis le 15 août suscite de nombreuses inquiétudes. Maintenant que la charia est de nouveau en vigueur, les sportives afghanes s’inquiètent de perdre les libertés acquises ces dernières décennies et craignent pour leur vie.

Pendant 20 ans, l’Afghanistan a connu une période de relative liberté après que les Taliban ont été chassés du pouvoir par une coalition menée par les États-Unis. Durant cette période, le sport féminin a connu un essor sur fond de progression des droits des femmes. Cependant, la prise du pouvoir des Taliban suscite de nombreuses inquiétudes pour l’avenir des libertés dans le pays.

Sous leur précédent régime, les jeux, la musique, la photographie, la télévision étaient interdits. Les filles n’avaient aucun droit à l’éducation. Quant aux femmes, elles avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin ou encore de travailler. Et si elles étaient accusées de crimes, tels que l’adultère, c’était le fouet et la lapidation à mort. Lors de sa première conférence de presse à Kaboul, le porte-parole des Taliban, Zabihullah Mujahid, a assuré que les droits des femmes seraient dorénavant respectés, dans les limites toutefois du "cadre de la loi islamique". (...)

Le rêve brisé de Zakia Khudadadi

De quoi inquiéter de nombreuses sportives afghanes à l’image de Zakia Khudadadi, qui aurait dû écrire l’histoire du sport afghan. Le 24 août, elle devait devenir la première femme à représenter son pays lors des Jeux paralympiques de Tokyo.

"C’est la première fois qu’une athlète féminine représentera l’Afghanistan aux JO et je suis si heureuse", s’enthousiasmait encore la championne de taekwondo le 10 août, interrogée par le site du Comité international paralympique (CIP).

Las. En raison de la prise de pouvoir des Taliban, la délégation afghane ne se rendra pas aux Jeux paralympiques. Selon un porte-parole du CIP, Craig Spence, "à cause de la situation très grave dans laquelle se trouve le pays, tous les aéroports sont fermés et il leur sera impossible de partir pour Tokyo". (...)

Le chef de la délégation afghane, Arian Sadiqi, installé à Londres, a confié à Reuters une vidéo où Zakia Khudadadi réagit à l’arrivée des Taliban au pouvoir. Celle-ci dit se sentir "emprisonnée". Elle est actuellement hébergée par de la famille éloignée et ne veut plus prendre le risque de sortir, de s’entraîner ou de voir ses amies. (...)

Les porte-drapeaux des JO de Tokyo engagés

Face à la prise de contrôle des Taliban, les réactions se multiplient, notamment chez les sportives et sportifs afghans. Un des messages les plus poignants a été posté par la sprinteuse Kimia Yousofi, porte-drapeau de l’Afghanistan aux JO de Tokyo. Celle-ci s’est notamment demandée si elle ne serait pas la première et la dernière porte-drapeau femme de son pays. (...)

Des craintes relayées par l’autre porte-drapeau afghan à Tokyo, le taekwondoïste Farzad Mansouri. Sur Instagram, il a lui aussi appelé à "prier pour son pays"​.

Le football féminin afghan en péril

L’inquiétude est aussi palpable pour Khalida Popal, qui a lancé en 2007 la première équipe nationale afghane de football. (...)

"J’ai le cœur brisé parce que pendant toutes ces années, nous avons travaillé pour rendre les femmes visibles et maintenant je dis à toutes mes ou les femmes en Afghanistan de se taire et de disparaître. Leurs vies sont en danger", explique-t-elle. "La plupart ont quitté leurs maisons pour aller chez des parents et se cacher parce que leurs voisins savent qu’elles sont des joueuses. Elles ont peur. Les Taliban sont partout. Ils se promènent en créant la peur."

Après son passage par l’équipe nationale, Khalida Popal avait pris sa retraite sportive en 2011 pour se concentrer sur la promotion du football féminin dans son pays. Une tâche qu’elle continue malgré son exil au Danemark. Face aux Taliban, elle craint également pour l’intégrité des responsables du football afghan qui ont encouragé la pratique féminine. (...)

Les craintes du football afghan trouvent un écho en Europe. Mardi 17 août, le quotidien espagnol Marca s’interroge en une du journal sur le sort de ces athlètes, un événement rare pour ce journal sportif : "Que vont-elles devenir ?"​