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Jet d’urine, blagues graveleuses et mains aux fesses... L’éprouvant Tour de France des hôtesses
Article mis en ligne le 1er août 2019

C’est la course avant la course. Celle où on attrape des stylos, où on se chamaille pour un briquet, où on se démène pour un petit sachet de bonbons, où on s’étripe pour une casquette jaune, où on peut en venir aux mains pour un petit bout de saucisson…

Depuis 1930, la caravane publicitaire ouvre toujours la route aux forçats du Tour de France, et fait le bonheur des spectateurs massés sur les bords des routes, en attendant le peloton. Et pour assurer le spectacle, les marques recrutent du personnel, essentiellement féminin.

De jeunes hôtesses disponibles, souriantes, élégantes, payées environ 2000 euros net, dont on attend qu’elles soient professionnelles en toutes circonstances. Même quand le public va trop loin. Mains aux fesses, verre d’urine jeté sur la robe, moucherons collés sur les dents... Franceinfo les a interrogées pour qu’elles racontent les coulisses (moins glamour) de leur quotidien sur la Grande Boucle. (...)

Les blagues de cul, c’est tous les jours"

Ce n’est pas le plus beau des véhicules de la caravane publicitaire, mais certainement l’un des plus attendus. "Quand ils nous voient arriver, les gens pensent qu’on va leur distribuer des frites gratos, s’amuse Charlotte, hôtesse pour la marque de surgelés McCain. Le problème, c’est qu’on n’a rien à manger, on n’a que des sacs cabas pour eux !"

Déguisée en cornet de frites, la jeune femme de 27 ans se déhanche et harangue la foule pour mettre l’ambiance. Equipée d’un micro, elle balance un slogan facile à retenir : "Du soleil, des frites et de la bonne humeur... Toutes les occasions sont bonnes à partager !" Elle pense le répéter "au moins 500 fois par jour".

Mais ce n’est pas grand-chose par rapport aux aléas de son Tour de France à elle. Souvent perchée sur le toit du char McCain, à trois ou quatre mètres de haut, Charlotte redoute davantage "les coups de frein à 60 km/h", "le vent en pleine face", "les piqûres d’abeilles", "les moucherons entre les dents", et "les blagues de cul". Ça, c’est tous les jours. "Rien de très poétique, pardon par avance... Mais il y a la traditionnelle ’Je te mettrai bien ma saucisse’ ou la classique ’Tu veux un peu de sauce ?’ et l’inévitable ’Tu es toute nue sous ta frite ?’"

Dans la vraie vie, je descendrais mettre des baffes. Mais là, je représente une marque. Donc tu encaisses et tu souris. (...)

Heureusement, du haut du char McCain, Charlotte voit tout, et essaie tant bien que mal d’anticiper ce genre de mésaventures. "Dès que je sens un danger, un groupe de lourds à l’horizon, je hurle dans le micro." (...)

Quand les hôtesses ne sont pas étudiantes, elles sont souvent à la recherche d’un emploi. Mais d’autres exercent cette activité toute l’année. "On postule, on envoie un CV et on attend le coup de fil", explique la jeune femme de 30 ans, étudiante en école d’ingénieur chimiste.

Dans leur réunion préparatoire, les agences préviennent que "ça peut parfois être chaud". Etre "chaud" ? "Oui, il y a des endroits où c’est plus compliqué..." Comme aux abords de la ligne d’arrivée, par exemple, car "tu es au milieu de la foule, toute seule". Au programme : "des mains aux fesses", "des caresses hasardeuses", "des bisous forcés", "des photos en pleine face"... "Il faut s’y faire", soupire Juliette.

Les lourds, tu les vois venir. Il faut les éviter, faire comme s’ils n’existaient pas. Les ignorer. (...)

Agenouillée dans la voiture, la main dans les cartons d’objets à distribuer, elle aperçoit un jet arriver droit sur elle. De l’eau ? Non, bien pire ! "Quelqu’un m’a jeté un verre d’urine, ça dégoulinait, ça sentait fort, c’était horrible", se souvient-elle.

Normalement, dans pareil cas, les hôtesses ont interdiction de se plaindre – "on doit rester professionnelles jusqu’au bout". Reste que là, c’était trop. Elodie n’a pas pu retenir "un petit doigt d’honneur en direction de cet idiot". Elle a fini l’étape comme ça, "la tenue pleine de pisse", avant de pouvoir se changer.

Solidaires entre elles, les hôtesses se passent le mot. (...)

" En sept Tours de France, Elodie a aussi eu droit à des jets de vin, d’eau et de lessive. Sans oublier les insultes. "Radine", lorsque les gens trouvent qu’elle ne distribue pas assez de cadeaux. "Salope", quand les cadeaux ne leur conviennent pas.

J’ai même vu des mères de famille me traiter de "connasse"... (...)

C’est comme si "le public avait laissé son cerveau à la maison", peste celle qui est chef de projet événementiel le reste de l’année. (...)

On m’arrache le bras, on me tire les cheveux... Du coup, pour limiter les risques, on nous conseille de ne plus porter de bijoux." Malgré tout, elle y retourne chaque année. Parce que le Tour, c’est aussi des rencontres plus agréables. "La très grande majorité des gens que l’on croise sont adorables", dit Elodie.