Je vais vous dire ce que j’ai appris de la manière dont le silence étend ses racines en quelqu’un, jusqu’à ne laisser qu’un vide féroce et écrasant à la place de sa voix.
À 17 ans, j’ai été violée par un camarade de classe. C’était quelqu’un que je connaissais, en qui j’avais confiance. Au bout du compte, cela n’a rien changé. J’ai découvert huit mois plus tard que j’étais enceinte à la suite de cette agression. Ma fille, Zoe, a grandi en moi avec une anomalie congénitale fatale, qui lui a enlevé toute capacité à penser, exprimer ses émotions ou interagir avec le monde par tous les moyens fondamentaux qui rendent la vie digne d’être vécue.
J’ai été obligée de donner naissance à l’enfant de ce viol, inextricablement lié à l’homme qui m’avait tant volé. Dans mon État, l’Alabama, qui vient d’adopter cette semaine une nouvelle loi draconienne sur l’avortement, les hommes politiques n’ont jamais éprouvé la moindre réticence morale à contrôler les femmes et saboter leur autonomie. Pour eux, nous sommes un dommage collatéral dans un jeu politique, et la souffrance qu’ils infligent importe peu, voire pas du tout. Ils ne s’intéressent aucunement aux points de vue ni aux histoires comme la mienne, mais je me dois de parler. Sinon, la femme derrière moi ne le fera peut-être pas. (...)