Avant la guerre, Lena* dirigeait sa propre agence de communication en Ukraine. Aujourd’hui, elle vit en Bulgarie avec son fils. L’Ukrainienne de 40 ans a confié son histoire à InfoMigrants. Dans cette deuxième partie, elle raconte comment elle tente de reconstruire sa vie à Sofia et comment la guerre a divisé sa famille
"Quand nous sommes arrivés en Bulgarie, la population nous a apporté toutes sortes de choses. Je ne m’y attendais pas. Les gens sont tellement adorables ici. C’était vraiment magique. (...)
La seule chose que je pourrais peut-être critiquer est le manque d’informations de la part du gouvernement. Quand nous sommes arrivés, il n’était pas très clair où nous devions aller, ou bien où nos enfants pouvaient aller à l’école. Et puis, j’avais vraiment peur. Je devais résoudre la question de l’achat d’un ordinateur pour mon fils, d’un appartement et de son éducation, car l’éducation est tellement importante pour moi.
Les premiers jours et les premières semaines ont été très difficiles. Je ne savais pas ce qui se passait, j’étais absorbée par les informations sur la guerre. Je n’avais aucun contact avec qui que ce soit. (...)
Ce qui m’a aidé en arrivant en Bulgarie, c’est mon expérience internationale. J’ai vécu en Lituanie pendant un an et j’ai travaillé pour l’AISEC [une organisation étudiante, ndlr] après avoir terminé mon master en économie internationale. (...)
Ce qui a été dur en revanche, c’est de recevoir de l’aide. Au début, on me donnait des vêtements au centre pour réfugiés, c’était mentalement difficile à gérer. J’étais vraiment très reconnaissante et d’un autre côté, j’étais habituée à un certain niveau de vie. J’avais mon entreprise de communication en Ukraine, j’étais une femme d’affaires. Je ne voulais pas paraître ingrate. Je ne correspondais pas aux stéréotypes sur les réfugiés et j’ai eu du mal à l’accepter.
S’intégrer en Bulgarie (...)
La plupart des enseignants sont encore sur le territoire ukrainien. Il est arrivé qu’ils donnent des cours depuis des abris anti-bombes. Tous ces enseignants sont des héros. Mais malgré tout, cette nouvelle vie est difficile pour mon fils. Il ne parle pas aussi bien anglais que moi et les enfants bulgares ne parlent pas non plus très bien anglais. La communication peut s’avérer difficile. Il est introverti et je pense que cela prendra du temps. Par contre il s’entend bien avec les adultes. (...)
Tout s’est arrêté avec la guerre. Il faut maintenant trouver de nouveaux contrats, dans un nouveau pays, et tout recommencer à zéro. Mais j’ai réussi à lancer ici des applications que j’avais développées en Ukraine. J’ai rencontré des ministres et le département de la communication du ministère bulgare de l’Intérieur. Je travaille également sur des applications permettant aux réfugiés ukrainiens de placer leur argent ici pour qu’ils se sentent en sécurité. Il est important d’avoir un programme clair en langue ukrainienne ou russe pour que les Ukrainiens comprennent ce qu’ils achètent. (...)
Je suis toujours en contact avec ma mère, mais je ne parle plus à mon frère ni à ma sœur. Elle vit en Russie et elle m’accuse d’’être une ’fasciste’ et de ’mentir’ sur les bombardements. J’ai essayé de lui expliquer que les Russes tuent des gens, et qu’il ne s’agit pas d’une simple ’opération’. Mais elle pense qu’on m’a fait un lavage de cerveau et qu’on me cache la vérité. Elle estime que je n’étais pas informée en étant réfugiée dans un abri anti-bombes et que les Ukrainiens se tiraient eux-mêmes dessus.
J’ai fini par bloquer toutes les publications de ma sœur sur les réseaux sociaux. Elle postait de la propagande pro-russe, selon laquelle les Ukrainiens devraient être tués.