
Revue puis quotidien-phare de la gauche italienne, « Il Manifesto » a traversé de nombreuses crises au cours de ses quarante-cinq années d’existence, mais n’a jamais perdu son indépendance à l’égard des partis politiques et des puissances d’argent. Le journal traverse une nouvelle période de turbulences : menacé par des liquidateurs judiciaires, il doit trouver 1 million d’euros s’il ne veut pas disparaître.
(...) avec quelque cinquante mille exemplaires chaque jour, Il Manifesto a conquis une place autonome dans le paysage de la gauche italienne et de sa presse. Il incarne à la fois la radicalité, l’ouverture sur les mouvements sociaux, le goût des nouvelles problématiques, l’intérêt pour les réalités internationales — il produira une des premières éditions internationales du Monde diplomatique, qu’il traduit chaque mois depuis 1994.
Au-delà de son travail d’information, le journal joue ainsi un rôle de laboratoire d’idées et d’aiguillon politique, notamment pour un Parti communiste en pleine recherche d’identité. Au point de s’y perdre… Au lendemain de la chute du mur de Berlin, des mois durant, les militants communistes s’interrogent sur la nature du nouveau parti que le secrétaire général Achille Occhetto les incite à créer et que, provisoirement, ils nomment « la cosa » (la chose). Un film du même nom du cinéaste Nanni Moretti raconte avec beaucoup d’humour cette aventure, vue d’en bas — « une leçon de journalisme », commentera Rossanda… (...)
« Il Manifesto est d’abord à toi. Reprends-le » : tel est le thème de la campagne de souscription lancée en novembre (1). L’objectif : récolter 1 million d’euros afin que la coopérative puisse, avec le rachat de la marque, garantir l’indépendance de son journal. Pour y contribuer, le 13 novembre, un numéro à 20 euros a été mis en vente. Comme l’écrit Norma Rangeri, codirectrice du quotidien avec Tommaso Di Francesco, « la physionomie de notre titre, son caractère d’éditeur pur, sans patron, notre coopérative de journalistes et d’ouvriers ont toujours constitué une anomalie heureuse, une hérésie, le témoignage en chair et en os que le marché n’est pas le monarque absolu et que ses lois ne sont pas les nôtres ».