
Produire une huile de palme "durable" est-il possible ? Face à la fronde contre les effets dévastateurs de cette industrie sur l’environnement, certaines marques mettent en avant un label vert, garant d’une huile de palme qui respecterait la biodiversité. Un énorme mensonge, dénonce Laurence Duthu, présidente de l’association L’Huile de palme : NON !
En Europe et plus particulièrement dans deux pays, la France et la Belgique, apparaît la mouvance de l’huile de palme durable. Orchestrée par l’industrie agro-alimentaire et le WWF, elle tente de rendre la culture industrielle de l’huile de palme vertueuse de l’environnement aux yeux des consommateurs. Cette approche est savamment réfléchie et soutenue par grand renfort financier du lobby de l’industrie palmière dont les multinationales sont le chef d’orchestre.
Un écran de fumée pour berner le consommateur
L’huile de palme "durable" est un concept créé en 2004 par la RSPO (Roundtable on sustainable palm oil ou Table ronde pour une huile de palme durable). Les membres fondateurs de cette organisation sont, entre autres, les producteurs (MPOA – Malaysian palm oil association), les multinationales (Unilever qui détient Dove, Cajoline, Carte d’Or, Timotei, Planta Fin, Knorr, etc.), les banques (la banque néerlandaise Rabobank) et le WWF (ONG au célèbre panda créée en 1961 et cotée en bourse).
Leur but, il y a déjà dix ans de ça, était de rendre l’huile de palme conventionnelle – utilisée plus que largement dans leurs produits et qui commençait à être décriée par les ravages qu’elle produisait – "durable" via des règles auto-édictées et auto-contrôlées ! En somme, un écran de fumée afin de tromper le consommateur et n’entachant pas les profits fort rentables pour toute la filière.
Un savant outil de greenwashing (...)
Un produit estampillé GreenPalm ne veut pas dire qu’il contient de l’huile de palme "durable" mais que l’industriel a acheté des certificats vendus par un producteur d’huile de palme "durable". Ces certificats sont mis sur une plateforme de vente (système de la Bourse) et il est impossible pour l’acheteur de connaitre la provenance de l’huile qu’il a contractée et la façon dont elle a été produite.
Un détail important est à connaître également : une société peut être membre de la RSPO mais rien ne l’oblige à utiliser de l’huile de palme "durable" portant alors le sigle CSPO. Cette confusion est volontairement entretenue.
Le filon très rentable qu’est la culture industrielle de l’huile de palme, qu’elle soit conventionnelle, durable ou biologique, a balayé dès le départ les deux fondements pourtant indispensables pour que cet oléagineux devienne durable : absence de déforestation et respect des populations autochtones et des petits paysans.
L’huile de palme durable n’empêche pas la déforestation (...)
Selon les règles édictées par la RSPO, les palmiers à huile plantés sur d’anciennes parcelles déboisées avant 2005 obtiennent la certification "durable". Sauf que dans les faits, cela est très loin d’être le cas ! En 2014 bien trop de cas ont été recensés.
De plus, cette décision efface le massacre d’une biodiversité perpétré avant cette date, massacre qui englobe la destruction de millions d’hectares de forêts primaires, la mort de centaines de milliers d’espèces animales amenant certaines à l’extinction, le déplacement et l’accaparement des terres de milliers d’autochtones et de petits paysans.
Cette décision de la RSPO n’est qu’une honte, n’ayant jamais empêché de certifier encore et toujours de l’huile de palme qui ne l’a jamais été et ne pourra jamais l’être de toute évidence.
La culture "durable" bafoue les droits de l’Homme (...)
L’accaparement des terres est une pratique assez répandue et dénoncée à maintes reprises par les ONG humanitaires. Les ouvriers sont payés une misère où les enfants sont aussi de la partie. Ils sont à la merci de des producteurs peu scrupuleux les réduisant malheureusement trop régulièrement en esclaves des temps modernes.
Le bio n’est en pas en reste ! L’essentiel de la production vient de Colombie et est "durable" via sa certification de la RSPO et biologique par ses méthodes de culture certifiées par Ecocert entre autres.
Cependant, derrière se cachent scandales, expropriations, accaparements des terres, déforestation et recours aux paramilitaires. La majorité de la production colombienne vient du groupe Daabon, un empire aux airs de mafia qui se cache derrière un visage d’entreprise familiale. Les membres de cette large famille ont les pieds également en politique facilitant la main mise sur les terres.
Se tourner vers des produits sans huile de palme (...)
À l’heure actuelle, 80% des forêts tropicales de la partie malaisienne de Bornéo sont exploitées. Rien ne semble empêcher ce rouleau compresseur d’avancer, que cela soit en Asie du Sud-Est, en Afrique ou en Amérique du Sud.
Un espoir subsiste qui se tient dans les mains des consommateurs : le choix de dire non et de se tourner vers des produits sans huile de palme et ses dérivés (...)