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Marie-Claude Saliceti
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Femmes médecins et enfants : Jean-François Mayet a tout faux
Article mis en ligne le 24 juillet 2015
dernière modification le 20 juillet 2015

Il aurait mieux fait de se taire. Et plutôt deux fois qu’une. Le 15 juillet, lors d’une réunion de commission sur la loi Santé, le sénateur Jean-François Mayet délivrait sa vision particulière des femmes médecins. Le sénateur (Les Républicains) de 75 ans, maire de Châteauroux, expliquait qu’une des causes de la désertification médicale en France « est la féminisation, puisque 75 % des nouveaux diplômés sont des femmes. Or nonobstant l’égalité, elles sont quand même là pour faire des enfants... »

Ce qui lui a valu cette remarque cinglante de Chantal Jouanno : « Elles ne sont pas là pour faire des enfants. Elles font des enfants, c’est différent ! » Et Jean-François Mayet d’être épinglé dans la presse nationale, dont quasiment tous les titres ont évoqué le « « sexisme » du sénateur. Lequel, dans le journal local La Nouvelle République, dit ne pas comprendre la polémique et enfonce le clou : « Mais c’est une réalité, la profession se féminise. Et pour les femmes, passer 10, 12, 15 heures par jour au travail, c’est chaud quand elles doivent faire et élever leurs enfants. »

Voilà pour la forme sur cette sortie sexiste. Mais sur le fond ? La féminisation de la profession est-elle, au moins en partie, responsable du manque de médecins libéraux dans certaines régions de France ? La réponse est non. Si le sénateur est sexiste, ce n’est pas seulement parce qu’il estime que les femmes « sont là pour faire des enfants ». C’est aussi parce son argument n’a aucun fondement.

« Plus une question de génération, que de sexe »

En 2013, un autre sénateur, Hervé Maurey (UDI) se penchait dans un rapport sur les inégalités de répartition territoriale des professions médicales. Et relevait que « les jeunes médecins, qui ne se distinguent pas sur ce point des autres professions libérales, aspirent à mieux concilier vie professionnelle et vie privée (…), souhaitent, légitimement, préserver du temps pour leur famille et leurs loisirs. »

En effet, notait-il encore, la profession se féminise : « alors que les femmes ne représentent que 42 % du total des médecins inscrits auprès de l’Ordre, elles constituent 56 % des nouveaux inscrits en 2011 ». Et 58% en 2014... on est très loin des 75% évoqués par Jean-François Mayet.

« Mais, s’il est vrai qu’une femme médecin consacrera davantage de temps qu’un homme à ses enfants et à sa famille à certaines périodes de sa carrière, l’aspiration à un meilleur équilibre de vie est aujourd’hui très également partagée par ses pairs masculins », soulignait Hervé Maurey dans son rapport. En concluant : « L’aspiration à davantage d’équilibre est plus une question de génération, que de sexe ».

« Les chiffres démontrent le contraire »

Dommage qu’Hervé Maurey, qui présidait ce 15 juillet la séance durant laquelle Jean-François Mayet s’est distingué, n’ait pas fait part de ces remarques à son confrère.

Et seulement un mois plus tôt, c’est l’Ordre des médecins qui dressait un constat similaire. (...)