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Marie-Claude Saliceti
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Femme de chambre d’un hôtel de luxe, elle porte plainte contre un client pour agression sexuelle, puis perd son boulot
13 avril 2016
Article mis en ligne le 8 août 2016
dernière modification le 3 août 2016

L’affaire examinée ce 13 avril par le conseil des prud’hommes de Paris est peu banale. Mariama Diallo, femme de chambre au sein du prestigieux hôtel parisien Park Hyatt Vendôme a-t-elle été victime d’une mutation discriminatoire, puis d’un licenciement abusif, quelques mois après avoir porté plainte contre un client de l’hôtel pour agression sexuelle ? Une affaire qui pose aussi la question de la sous-traitance dans les hôtels. En attendant, l’agresseur de Mariama Diallo n’a pas été inquiété. La femme de ménage qui rêvait d’être gouvernante dans un hôtel pointe désormais dans un fast food.

Est-ce parce qu’elle a porté plainte pour agression sexuelle contre un client du prestigieux hôtel parisien Park Hyatt Vendôme, que Mariama Diallo – femme de chambre – a été licenciée ? Pour l’Association européenne contre les violences faîtes aux femmes au travail (AVFT), intervenante volontaire aux côtés de la plaignante ce 13 avril devant le conseil des prud’hommes de Paris, le lien entre les deux événements ne fait aucun doute. « Mme Diallo a porté plainte en juillet 2010, et a appris courant septembre qu’elle devait changer d’hôtel, alors qu’elle avait toujours donné satisfaction au Park Hyatt, qui était son lieu de travail depuis plus de six mois, précise Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’AVFT. Quand elle a demandé des explications à sa supérieure hiérarchique, celle-ci lui a répondu que le Park Hyatt avait demandé à ce qu’elle ne travaille plus chez eux. Sa mutation résulte donc directement de la dénonciation des violences sexuelles qu’elle a subies. » (...)

Bientôt moins de sous-traitance dans les grands hôtels ?

Outre la nullité de son licenciement, Mariama Diallo demande la condamnation solidaire du Park Hyatt et de la société française de service pour « fausse sous-traitance ». « Si on veut sous-traiter des activités, en France, il faut le faire pour des activités que l’on n’est pas capables de faire, décrit Maude Beckers. Or, l’entretien des chambres, c’est le cœur de métier des hôtels, a fortiori des hôtels de luxe et des palaces dans lesquels on attend une tenue parfaite. » Le 24 mars, le conseil des prud’hommes de Paris a prononcé une décision qui condamne le Park Hyatt Vendôme pour ce délit, dans une affaire qui l’oppose à une autre femme de chambre, elle aussi salariée d’une entreprise de sous-traitance [4]. Parmi les arguments retenus par les prud’hommes : le fait que le Park Hyatt conserve la direction de l’organisation des tâches à effectuer, notamment en ayant la main sur la définition des plannings, en fonction de l’occupation des chambres. Ou encore le fait que le Park Hyatt fournisse les tenues de travail.

« Le fait de ne pas être directement salariés de l’hôtel entraîne divers préjudices pour les personnes qui y travaillent », rappelle Maude Beckers. (...)