« Pourquoi les femmes se font toujours avoir ? » c’est le titre du livre qu’Yves Deloison vient de publier aux éditions First. Peut-être parce qu’elles ne peuvent pas s’affirmer féministes sans susciter l’ironie. Les hommes n’ont pas ce problème, alors l’auteur les invite à le suivre.
(...) Le terme féministe est en effet devenu un tel repoussoir que les femmes hésitent à l’employer. Trop péjoratif ou ringard. Si un homme se revendique féministe, lui en revanche n’a pas besoin de démarrer sa phrase en s’excusant d’un désespérant « Je ne suis pas féministe, mais... ». Sans ce bémol, une femme passe d’office pour une « harpie », une enragée qui rêve d’en découdre avec les hommes. Et si sur les plateaux de télévision, elle n’adopte pas l’attitude qu’on attend d’une féministe, si le ton employé reste calme et posé, l’animateur déçu ne la réinvite plus. Un homme qui critique le sexisme passe encore alors qu’une femme apparaît tout de suite comme excessive ou caricaturale. Est-ce parce qu’on considère que la question ne concerne pas directement les hommes et qu’en conséquence ils ont le recul pour s’exprimer objectivement ? Est-ce la voix grave qui crédibilise ? Le masculin résonnerait-il mieux dans les oreilles de l’auditoire ?
Tout n’est pourtant pas négatif. De profonds changements vont s’opérer à terme. Confrontés au dilemme de la conciliation des temps, des pères montent à présent au créneau afin d’obtenir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, aspirant à être plus disponibles et à s’investir mieux dans l’éducation des enfants. Pas à pas, la conception de la paternité semble évoluer. Des hommes constatent à leur tour que les réunions tard le soir ou que les temps de transport ne sont pas compatibles avec l’implication à la maison. Jusque-là, personne ne s’étonnait que les femmes, archi-débordées, continuent à jongler tant bien que mal entre responsabilités familiales et travail. Des mères témoignaient dans leur entreprise des difficultés rencontrées pour tout concilier, mais qui s’en souciait ? Ou alors, on leur conseillait de mieux s’organiser.
Qu’aujourd’hui des pères commencent eux aussi à se plaindre, on ne peut que s’en réjouir. Nul doute qu’on va les entendre. Mais ceci m’incite à poser une nouvelle fois la question de l’attention accordée aux problèmes que rencontrent les femmes. Amusant ou désespérant – c’est selon – de constater par exemple que le chômage qui touche plus fortement les femmes ne choque personne. En revanche, quand la situation s’est tendue pendant quelques mois pour les hommes, les médias l’ont pointé, s’inquiétant même des douloureuses conséquences pour eux. Depuis que le chômage des femmes est repassé en tête, ils ont lâché l’affaire. Je fais donc le pari que les revendications portées par les hommes pour un meilleur équilibre entre les temps de vie risquent de porter leurs fruits plus rapidement. On peut à juste titre se désoler de cet état de fait. On peut aussi préférer inciter les hommes à mêler plus encore leurs voix à celles des femmes qui s’engagent pour que ça change !