Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Rue 89
Egypte : comment lutter contre la terreur sexuelle place Tahrir
Article mis en ligne le 7 juillet 2013

Plus d’une centaine d’agressions sexuelles ont été recensées ces derniers jours place Tahrir, au Caire, l’épicentre de l’immense mouvement de protestation contre le pouvoir des Frères Musulmans. Une situation qui choque une partie de l’opinion égyptienne et mobilise la société civile.

De précédents rassemblements ont vu la montée des agressions sexuelles en bandes, principalement sur la place Tahrir. Selon un communiqué de presse de OpAntiSH (Opération contre les agressions et le harcèlement sexuel), on a relevé 46 cas d’agressions sexuelles rien que le 30 juin, premier jour des manifestations.

OpAntiSH a été créé fin 2012 pour venir en aide aux victimes d’agressions sexuelles et donner une réponse au problème de santé publique que pose la montée de la violence. OpAnriSH incrimine la responsabilité du gouvernement qui n’a pas réagi contre ces incidents et accuse la présidence de faire semblant de s’intéresser aux droits des femmes à des fins politiques.

Ils ajoutent :

« La sérieuse augmentation des agressions sexuelles sur les manifestantes n’est que le reflet de la violence sexuelle grandissante contre les femmes en général, exercée à la fois par la société et par l’Etat, ce qui a un impact négatif sur la participation des femmes dans la sphère publique. »

L’organisation Human Rights Watch (HRW) a publié pour sa part un communiqué qui condamne le laxisme de tous les partis à l’égard de la violence sexuelle. Selon Joe Stork de HRW :

« Les agressions sexuelles endémiques pendant les manifestations de la place Tahrir démontrent l’échec du gouvernement et de tous les partis politiques à endiguer la violence que les femmes supportent quotidiennement en Egypte dans les lieux publics. » (...)

Les groupes de défense des droits humains ont publié un communiqué commun :

« Le but de la torture sexuelle n’est pas d’obtenir des aveux ou des informations, mais d’humilier, de terroriser et de faire taire les voix de dissidents. La torture sexuelle ne fait pas de discrimination entre hommes et femmes, entre vieux et jeunes.

Elle a lieu partout, à l’intérieur comme à l’extérieur des prisons et des commissariats de police du pays. La torture sexuelle a même pénétré la Haute Cour elle-même, où Ahmad Taha a été violé à quelques mètres seulement des juges supposés défendre ses droits. »
(...)

Les récits d’agressions sexuelles ont provoqué des réactions de colère dans les médias sociaux. Des activistes dénoncent le silence du pouvoir et des groupes politiques sur le sujet.
(...)

L’activiste Engy Ghozlan fait part de ses réflexions sur le bien-fondé de partager les informations sur la violence sexuelle :

« 44 cas d’agressions en bandes sur des jeunes filles place Tahrir aujourd’hui. Malheureusement on est pris entre deux feux. Un parti a peur d’affronter les incidents pour ne pas ternir sa cause. L’autre parti prend prétexte de la situation pour critiquer le premier.

Finalement, les corps libres de 44 êtres humains ont été violés aujourd’hui par le bon peuple. Il n’y a pas de révolution s’il y a viol. Il n’y a pas de révolution si des corps sont abusés. »

On note un nombre croissant d’initiatives pour s’opposer au harcèlement et aux agressions dans les rues, tels Tahrir Bodyguards, Imprint Movement et d’autres. (...)