énoncer des violences policières à la justice à 15 ans est généralement impensable quand on vit dans un quartier populaire. Le juge, cet homme qui condamne et éloigne quelques mois, parfois plus, un frère, un voisin, est rarement considéré comme un allié. Dix-huit garçons et filles du 12e arrondissement de Paris ont pourtant franchi le pas. Jeudi 17 décembre, avec le soutien de leurs éducateurs, ces lycéens ont signalé des faits de « violences volontaires aggravées », d’« agression sexuelle aggravée », de « discrimination » et d’« abus d’autorité » de la part de policiers au procureur de la République de Paris.
. Leur quotidien était devenu invivable. La plainte est déposée contre X, mais dans toutes les têtes « X » a un nom : les « Tigres », comme se surnomment les policiers de la brigade de soutien de quartier (BSQ). (...)
les contrôles, c’est au minimum une fois par jour. Parfois plus. Certains dérapent. Les violences dont ils parlent ont eu lieu entre l’été 2013 et l’été 2015. Seules ont été retenues pour la plainte celles pour lesquelles des témoins pouvaient confirmer leurs dires. Une enquête préliminaire a été confiée à l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices. La police n’a pour le moment pas souhaité réagir. (...)
Longtemps, les parents n’ont rien su. Quand le commissariat appelait, la police avait forcément raison. A force d’être contrôlé, un garçon de 13 ans a été envoyé un an au Mali par sa famille. A présent que les langues se délient, les adultes réagissent un peu plus. Le 5 janvier, une intervention au bas d’un immeuble a fait descendre une mère. « Fermez-la, ou je vous embarque », s’est-elle entendu répondre quand elle a demandé leur matricule aux policiers, qui l’auraient « ensuite narguée » sans jamais le lui donner.
Les violences se déroulent aussi au commissariat. (...)