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Marie-Claude Saliceti
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D’hier à aujourd’hui, la puissance du féminisme africain
Article mis en ligne le 18 mars 2019
dernière modification le 17 mars 2019

Dans les sociétés traditionnelles en Afrique, les femmes occupaient des postes de pouvoir. Mais l’arrivée des colons a marqué un coup d’arrêt à leur émancipation sur le continent. Aujourd’hui, le féminisme africain se réinvente, en prenant ses distances avec le féminisme occidental.

Contrairement à l’idée répandue selon laquelle le féminisme n’existe pas en Afrique, l’histoire de l’émancipation et de la lutte des femmes africaines pour l’égalité a commencé dès l’époque précoloniale. Des sociétés matriarcales ou matrilinéaires [dans lesquelles la transmission par héritage de la propriété, des noms de famille, et des titres relève du lignage de la mère] ont laissé des traces sur le continent avant la traite négrière et le colonialisme. Dans certaines d’entre elles, les rôles attribués aux femmes et aux hommes étaient fluctuants. Mais cette flexibilité n’a pas survécu à la rigidité imposée par le colon – armé de sa Bible, d’un fusil et d’une idée très précise et restreinte des relations hommes-femmes (...)

Il suffit de survoler la littérature spécialisée pour comprendre que, sur les territoires qui correspondent aujourd’hui au Cameroun ou à la Sierra Leone, les femmes étaient chefs de leurs clans et villages. Elles ont dirigé les migrations zouloues [en Afrique du Sud] au XIXe siècle, et formé leurs propres escadrons dans la terrible armée de l’empereur Chaka. Elles composaient aussi la garde rapprochée du roi du Dahomey [actuel Bénin]. (...)

Nous ne pouvons négliger le pouvoir politique de reines égyptiennes comme Cléopâtre, Néfertiti ou Hatchepsout, de la Nigériane Amina de Zaria, de la Mauritanienne Dihya, ou de la princesse burkinabée Yennenga. Nous ne pouvons pas non plus nier que les femmes étaient autrefois, dans de nombreux villages africains, des autorités religieuses et des membres puissants et respectés de leurs communautés.

L’un des textes essentiels à la compréhension de ces réalités est signé par l’anthropologue nigériane Ifi Amadiume, auteure de Male Daughters, Female Husbands [“Filles mâles, époux femelles” (1987), inédit en français]. Dans son travail sur plusieurs sociétés traditionnelles africaines, elle souligne deux points clés : une organisation sociale reposant sur les deux sexes, et une langue ne distinguant pas le féminin du masculin. Cela a permis la normalisation de rôles “traditionnellement” féminins chez les hommes, et vice versa, sans que soient stigmatisées ou sanctionnées les personnes concernées.

Avec les colons, “la place de la femme était la cuisine et la chambre” (...)