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Marie-Claude Saliceti
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Sud-Ouest
Croatie : menace sur le droit à l’avortement
Article mis en ligne le 28 mars 2019

En Croatie, où les anti-avortement sont très actifs, six gynécologues sur dix exerçant dans le public refusent de pratiquer des avortements

Le docteur Ujevic ne comprend pas qu’on lui reproche de refuser de pratiquer des avortements. Officiellement, les femmes croates exercent librement leur droit. Dans les faits, ce droit se heurte à la pénurie de médecins et aux pressions de militants soutenus par l’Église.

(...) A l’hôpital du Dr Ujevic, aucun gynécologue ne pratique l’avortement, ce qui était loin d’être le cas quand il a commencé à y travailler il y a plus de 20 ans. Quatre autres hôpitaux publics du pays (sur 27) sont dans ce cas, selon une étude de la télévision privée RTL. Six gynécologues sur dix exerçant dans le public refusent désormais ce geste.

Prières devant les hôpitaux (...)

Comme aux États-Unis, des groupes se réunissent régulièrement pour prier devant les cliniques ou les hôpitaux et tenter de convaincre des femmes venant avorter d’y renoncer, sans susciter de réaction des autorités. Selon Ante Caljkusic, qui mène ce genre d’actions, "le nombre d’avortements peut être plus que divisé par deux durant nos veillées". (...)

L’activisme ne se limite pas à la voie publique. Une Croate qui cherche sur Google une adresse où avorter, trouvera comme premier lien un site anti-avortement, avec une vidéo d’une opération, ainsi que la description d’effets secondaires, allant du cancer du sein à l’alcoolisme en passant par des troubles sexuels.
Avortements clandestins ou dans les pays voisins

Pour de nombreux militants anti-avortement, l’objection de conscience obtenue en 2003 n’est qu’une étape. Depuis 2016, ils organisent chaque année des "Marches pour la vie" qui rassemblent des milliers de personnes dans les villes du pays, pour demander la délégalisation d’un droit accordé il y a des décennies, durant l’ère yougoslave. Ils entendent saisir l’occasion fournie par la plus haute juridiction croate qui, en 2017, a jugé la loi obsolète et demandé sa révision au Parlement, dominé par le parti conservateur HDZ (centre-droit).

Les déclarations du ministre de la Santé, Milan Kujundzic, semblent de nature à leur offrir de l’espoir : il entend bâtir un texte qui aboutira à "moins d’avortements et plus de nouveau-nés".

En plus d’un assèchement des crédits consacrés à l’éducation sexuelle et à la contraception, Sanja Cesar, une militante de l’association CESI de défense des droits des femmes, y voit la promesse "d’une difficulté accrue d’accès à l’avortement, avec des périodes d’attente, des conseils biaisés aux femmes et un soutien aux gynécologues qui refusent de le pratiquer". (...)