Les taux de chômage des hommes et des femmes se sont nettement rapprochés ces dernières années. Mais d’autres indicateurs permettent de mettre en évidence les inégalités qui persistent entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. Une analyse de Mathilde Guergoat-Larivière et Séverine Lemière, économistes.
Alors que le taux de chômage des femmes était près de deux fois supérieur à celui des hommes en 1975, l’écart a totalement disparu : il se situe selon l’Insee à 10,5 % pour les deux sexes à la fin 2013. Hommes et femmes sont-ils vraiment à égalité ? On peut s’interroger sur la pertinence du seul taux de chômage pour analyser les inégalités entre femmes et hommes face à l’emploi.
Ce questionnement est d’autant plus nécessaire que le choix des indicateurs statistiques pour analyser le marché du travail oriente les politiques publiques. Si, au cours des dernières décennies, en France, les taux de chômage des femmes et des hommes se sont indéniablement rapprochés en même temps que le chômage augmentait, d’autres indicateurs statistiques mettent en évidence les inégalités qui subsistent entre les sexes sur le marché du travail. (...)
La progression du taux d’emploi féminin s’est faite essentiellement par la croissance des emplois à temps partiel. L’écart des taux d’emploi se creuse encore si on considère le taux d’emploi en équivalent temps complet (...)
L’utilisation du taux de chômage pour illustrer les difficultés du marché du travail masque les inégalités persistantes entre femmes et hommes face à l’emploi. Des freins spécifiques à l’emploi des femmes subsistent et ce malgré l’élévation de leur niveau de formation : problèmes de modes de garde des enfants, prise en charge des parents dépendants, et donc moindre mobilité, mais aussi non reconnaissance de certaines compétences acquises dans les sphères familiales et domestiques.
L’accompagnement dans l’emploi des femmes demande des politiques de l’emploi, sociales et familiales sensibles à l’égalité entre femmes et hommes. Utiliser des indicateurs statistiques appropriés sans se concentrer sur l’unique taux de chômage doit permettre de rendre visibles, de mieux comprendre et donc de pouvoir agir sur ces inégalités entre femmes et hommes face à l’emploi.