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Marie-Claude Saliceti
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Boxe : Bilal Fawaz, les combats de sa vie
Article mis en ligne le 27 juin 2022

À 33 ans, le boxeur Bilal Fawaz a déjà vécu plusieurs vies. Fils d’une mère bénino-nigériane et d’un père libanais, le combattant du noble art devenu professionnel il y a seulement quelques mois se bat pour se faire une place de choix dans le monde des rings. Passé par les mains de trafiquants d’êtres humains à un très jeune âge, Fawaz est toujours dans le flou avec l’administration britannique, qui ne lui a pas encore octroyé la citoyenneté du pays. Mais il ne lâche rien, et continue à se battre sur tous les fronts pour se construire un avenir.

Né à Lagos, le jeune Bilal démarre son enfance avec sa mère comme seul parent, et les jours sont paisibles, malgré l’absence d’un père qui n’a pas voulu assumer son fils durant de longues années. "C’était compliqué à accepter, mais je voyais que ma mère faisait tout son possible pour me rendre heureux ainsi que mes autres frères et sœurs. Quand on est enfant, on veut des choses simples, et j’ai vite compris que la vie pouvait avoir des tournures bien différentes sans qu’on s’y attende", se souvient Fawaz.
Une enfance difficile

Quand il a huit ans, sa mère ne peut plus subvenir aux besoins de ses enfants et demande de l’aide à un oncle, qui prend Bilal sous son aile. Là, il est traité comme un adulte, participe aux corvées de la maison et découvre les sports de combat en regardant d’un coin de l’œil des films de karaté, et Jackie Chan, qui devient sa première idole. "Je tapais dans des sacs de riz et de linge avec mes poings et mes pieds, pour évacuer la frustration et tenter de canaliser ma négativité, et sans le savoir je commençais à me construire comme combattant car je n’avais pas le choix. Ça a toujours été mon exutoire, et c’était ma seule possibilité de m’échapper, même si ce n’était que durant quelques heures, d’un quotidien qui n’était pas celui que devrait avoir un enfant", reconnait-il. (...)

Sa vie prend déjà un tournant inattendu, mais le pire reste encore à venir. Son oncle l’informe que son père biologique souhaite enfin le rencontrer et tisser des liens avec lui. À ses 14 ans, Bilal se voit offrir la possibilité d’aller à Londres pour enfin mettre un visage sur son père et démarrer une nouvelle vie. Il prend un vol depuis Lagos, arrive dans un pays qu’il ne connaît pas, au climat froid et est pris en main par un groupe d’hommes de la "famille" à Heathrow, qui l’amènent dans une résidence du nord de la ville. Il a le sourire aux lèvres, sent de nouveau la possibilité d’un futur heureux et meilleur, mais l’arrivée dans la capitale anglaise tourne rapidement au cauchemar.
Victime de trafiquants d’êtres humains

"Je suis arrivé dans cette maison, et on m’a dit que mon père viendrait me chercher dans les prochains jours. J’ai attendu, et j’ai vite vu que l’on ne me laissait rien faire, je ne pouvais même pas aller dans le jardin pour jouer ou prendre l’air. J’étais pris au piège, dans un guet-apens, dans lequel mon père n’allait jamais venir me chercher" se remémore-t-il.

Dans sa geôle, il est traité comme un esclave. Il reçoit des coups de câble de télévision, subit des sévices corporels et doit travailler pour les trafiquants qui l’exploitent sans relâche. Il souffre, mais ne plie pas, et ferme les yeux pour s’imaginer un futur meilleur. "Je prenais des coups à longueur de journée, je ne voyais pas le bout du tunnel, j’ai été brisé physiquement et mentalement, mais je n’ai pas eu d’autre choix que de penser à un lendemain meilleur. J’ai reçu des coups de fouets, j’ai été traité comme on ne doit traiter aucun être humain. J’ai été pris dans le trafic d’être humain dans toute sa dimension la plus horrible", ajoute-t-il. (...)

Un matin, il prend son courage à deux mains et décide de profiter de l’absence de ses bourreaux pour s’échapper, et prend ses jambes à son cou et court seul, dans le froid de Londres, avec le seul but de fuir, loin de la violence de son quotidien. Il court durant plusieurs kilomètres, et un passant le remarque, lui demandant s’il va bien. Il lui sauvera la vie, en l’amenant aux services sociaux les plus proches, et en l’accompagnant dans ses premiers mois d’une nouvelle existence qui rime enfin avec liberté. (...)