Avec la loi de bioéthique telle qu’adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale en septembre 2019 [1], les animaux chimères seraient désormais autorisés. Objectif de la loi : garder une bonne compétitivité de la recherche française. Le rapporteur parle d’une « ouverture prudente de la recherche sur les chimères » [2]. Comment cela se traduit-il réellement ?
Pourquoi vouloir faire des animaux chimères ?
Des chimères sont « des organismes contenant des cellules d’origine différente, mais sans mélange des matériels génétiques » [4] contrairement aux hybrides. La loi « remplacera l’interdiction de création d’embryons chimériques par l’interdiction de la modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces ». Donc seuls les embryons humains chimériques avec adjonction de cellules d’autres organismes seront interdits. Les expériences sur des embryons d’animaux avec des cellules issues d’autres espèces (animales ou humaines donc) seront autorisées et ces embryons pourront même être implantés chez une femelle animale afin de donner naissance à des animaux chimères.
Ces embryons seront observés d’une part pour mieux comprendre par exemple la migration des cellules greffées dans l’embryon. D’autre part, ils pourront aussi être mis dans l’utérus de la femelle afin de donner naissance, s’ils survivent, à des animaux que l’on qualifie de chimères. De telles manipulations permettent d’observer « le développement de ces cellules [greffées] dans l’embryon parce qu’on peut facilement les identifier » [5] et de comprendre en quoi les cellules proches incitent ces cellules greffées à se spécialiser, en des cellules de cartilage d’oreille par exemple. L’autre but serait de faire grandir des cellules humaines qui donneraient un organe entier qu’on pourrait "récolter" pour le greffer sur un humain : une xénogreffe. L’animal serait le "champ" de culture pour des organes humains.
Xénogreffe et éthique : dualité humaine et animale
Le rapporteur de la loi, M. Touraine, se félicite de « la possibilité de réaliser des xénogreffes en permettant aux animaux de se développer avec un organe humain ». Certes, les risques que cette technique pourrait engendrer sont évoqués mais leur étude ainsi que les questions éthiques sont déléguées aux "experts" du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). C’est un peu dommage pour une loi sur la bio… éthique. La dignité et le bien être de l’animal sont ignorés. Alors que les sciences de l’évolution montrent sans conteste que l’homme est un animal et que les sciences de la vie montrent que le vivant se caractérise entre autre par sa sensibilité, nulle part n’est posée la question de la vie vécue d’un animal porteur d’organes humains. (...)
Au-delà des problèmes éthiques effleurés, il existe également des risques sanitaires.
En fait, chaque espèce a coévolué avec ses pathogènes. Il existe donc de nombreuses séquences de virus d’humains dans le génome des humains. On sait que certaines séquences d’ADN peuvent avoir une fonction de défense de l’organisme, chez les bactéries mais aussi les plantes et les animaux. C’est le cas du porc qui est un mammifère considéré comme très proche de l’humain et dans lequel il a déjà été envisagé de faire "pousser" des organes humains afin de les « récolter ». Un premier risque est qu’un virus natif du porc se réactive dans un tel porc. Alors qu’il sera contrôlé par les cellules porcines du porc, il ne serait pas contrôlé par les cellules humaines adjointes à ce porc-chimère qui n’y ont jamais été exposées.
Une fausse objection est qu’en mangeant du porc, on est déjà exposé à cet ADN de porc. C’est faux car les barrières digestives nous protègent la plupart du temps de cette exposition (...)
Un deuxième risque résulte de la circulation des molécules dans les organismes vivants. Toutes les cellules d’un organisme synthétisent des molécules comme les micro ARN (miARN) [9]. Ces molécules du vivant ont un rôle régulateur, sans être forcément traduites en protéines. Or Inf’OGM a déjà rapporté en 2011 [10] [11] que du matériel génétique issu du règne végétal (riz, en l’occurrence) ayant produit des miARN, et ingéré par un animal (humain, veau, souris) modifie le métabolisme du cholestérol chez l’homme [12]. Notre alimentation change donc l’expression de nos informations génétiques, sans changer notre génome ! (...)
La loi de bioéthique est maintenant en discussion au Sénat, d’abord dans une commission spéciale, puis en première lecture du 21 janvier au 4 février 2020