C’est un sondage de toute fin d’année qui a révélé l’ampleur du phénomène : les Français sont 64 % à penser que la crise actuelle n’est pas une crise ordinaire, mais une « mutation profonde et durable de la société ». Le plus étonnant dans l’affaire fut surtout l’étonnement de l’élite devant cette révélation
Car il n’y a plus guère que l’élite pour croire ou faire croire en un mauvais moment passager à endurer. Rien de changé en 2012 sur le grand clash au ralenti. Et plus personne ne se laisse abuser par les dentelles improbables dont l’establishment essaie de parer le macchabée (ah, ces chiffres du chômage retoqués à grands coups de radiations autoritaires !).
Ne plus compter que sur soi-même
Pire encore, les dirigeants politiques sont emportés dans la tourmente. Plus que 14 % de Français pour croire en la droite, 6 % en la gauche.
On remarquera en passant la question tordue, presque désespérée, des sondeurs du microcosme : « À qui faites-vous le plus confiance pour relancer la croissance ? » Ne leur est pas venu à l’idée que les Français avaient peut-être aussi fait le deuil de leur “croissance”.
Le gros problème est que nulle relève politique sérieuse ne se manifeste. L’extrême droite comme d’habitude ne prolifère que sur des décombres. Et les quelques élections partielles qui se sont tenues dans l’année ont montré que la mayonnaise du Front de gauche ne prenait pas vraiment sur l’opinion. Trop enfermé dans une bulle exclusivement militante et miné par des bisbilles entre composantes.
Étonnez-vous après que les Français soient 54 % à ne plus compter que sur eux-mêmes.
Regarder les gens d’à côté plutôt que du côté des statistiques (...)
Ok, c’est encore du niveau de la débrouille, mais c’est désormais bien loin, sinon contre, les consignes, les prêches et même les interdictions formulées par les évangélistes du système. Comment ils s’en foutent, mes petits paysans du coin, des prohibitions de Bruxelles en matière de semences !
Le tort serait de croire que les “gens des côtés” soient résignés à leur sort. Pour en avoir rencontré bon nombre, je sais qu’ils sont pleinement conscients de leur situation (« une retraite comme la tienne pour moi, papa, c’est mort »). Juste qu’ils ont compris que la société dans laquelle ils allaient devoir vivre échapperait à la férule des compagnies d’assurance.
La montée en puissance de quelques idées iconoclastes (...)