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Marie-Claude Saliceti
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TV5 monde
Béchir déchu, les femmes luttent pour leur révolution au Soudan
Article mis en ligne le 22 juillet 2019

Elle a passé sept heures dans une cellule glacée et 40 jours en prison pour avoir manifesté contre le régime au Soudan. Militante et avocate, Amani Osmane avertit : les femmes vont poursuivre la lutte pour l’égalité.

Dans ce pays régi par la charia (loi islamique) qui leur impose de nombreuses restrictions, les femmes ont été à la pointe de la protestation qui a précipité la chute du président Omar el-Béchir, destitué par l’armée le 11 avril, après 30 ans de règne. Quitte à payer le prix fort.

Le soir du 12 janvier, Amani Osmane a été conduite dans un endroit lugubre surnommé "le réfrigérateur", à Khartoum. Au Soudan, pays africain où les températures viennent régulièrement embrasser les 50 degrés, un des moyens employés pour briser les dissidents est le froid.

"Dans cette pièce il n’y pas de fenêtre, rien. Juste l’air conditionné poussé à fond et une lumière allumée 24 heures sur 24, sept jours sur sept", raconte-t-elle à l’AFP.

Le "réfrigérateur" se trouve dans un centre de détention administré par les tout-puissants services de renseignements, NISS, et situé dans un immeuble discret, au bord du Nil bleu. (...)

Les interrogatoires sont menés dans cette cellule glacée. A leur issue, selon la fortune ou l’humeur des gardiens, les personnes arrêtées décrochent un ticket vers la sortie ou vers la case prison.

A son arrivée Amani Osmane se souvient qu’un agent a félicité ses collègues en lançant : "Ah, vous avez attrapé l’animal". Elle a ensuite été dépouillée de toutes ses affaires, sauf son Coran.

Pendant son interrogatoire, elle tremble à cause du froid. Un agent lance cyniquement : "Tu veux manifester pour réclamer de meilleures conditions ? Dis-nous, on fera de notre mieux pour arranger ça".

"J’ai été arrêtée, à l’encontre de toutes les lois et de toute morale parce que je suis une militante et parce que je défends les femmes dans un pays où elles n’ont pas la parole", dénonce-t-elle, aujourd’hui libre. (...)

"Nous n’allons plus attendre nos droits, nous allons nous battre pour les obtenir", revendique Amani Osmane, ajoutant que les Soudanaises réclament désormais "40% des sièges du futur Parlement".

Selon elle, l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la protestation, a inclus cette demande dans l’accord sur la transition conclu avec les militaires.

"Ce mouvement est une opportunité pour les femmes de faire enfin entendre leur voix", se réjouit Amira Altijani, professeur d’anglais à l’université d’Ahfad, à Omdourman, ville jumelle de Khartoum.

 "Museler" -

Créée en 1966, cette université exclusivement réservée aux femmes est unique en son genre dans le pays. On y enseigne la médecine, la pharmacologie ou encore la psychologie, mais on y explique également aux Soudanaises quels sont leurs droits tout en les mettant en garde contre l’excision et le mariage précoce ou forcé. (...)

Pour Amani Osmane, les règles de la charia ont été "détournées" pendant 30 ans vers une interprétation rigoriste par Omar el-Béchir pour "museler les femmes". "Mais un nouveau Soudan est en train de naître, avec un gouvernement civil qui permettra l’égalité".