Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Tv5 monde
Au Pakistan, pas de répit dans les "crimes d’honneur"
Article mis en ligne le 1er novembre 2017

Le meurtre pour l’"honneur" d’une jeune starlette par son frère à l’été 2016 avait ébranlé le Pakistan. Mais plus d’un an plus tard et malgré une nouvelle loi censée éradiquer ce fléau, des centaines de Pakistanaises ont à leur tour été assassinées.

Qandeel Baloch, jolie brune aux lèvres pulpeuses, parfois comparée à Kim Kardashian, était idolâtrée par des milliers de jeunes pour sa liberté de ton à l’égard des tabous sur les réseaux sociaux. Et décriée pour la même raison par les conservateurs.

"Bien sûr que je l’ai étranglée", avait fièrement assumé son frère deux jours après le crime, lors d’une conférence de presse organisée par la police.

"Je n’éprouve aucun état d’âme pour ce que j’ai fait", elle avait un comportement "complètement intolérable", avait-il ajouté en allusion aux photos, vidéos et commentaires que la jeune femme aimait à publier en ligne et jugées provocantes dans ce pays de culture patriarcale.

L’onde de choc provoquée par l’affaire avait poussé les autorités pakistanaises à faire voter, trois mois après les faits, une loi punissant sévèrement les auteurs de crimes d’honneur, dont la plupart échappaient jusqu’alors à la justice.

Du fait d’une disposition controversée du droit islamique, les familles pouvaient en effet "pardonner" (la Qisas, ou "l’argent du sang") aux meurtriers, souvent des proches, en échange du versement d’une somme compensatoire (la Diyat, ou rétribution).

Mais un an après la loi, "rien n’a changé", tempête Benazir Jatoi, une avocate travaillant pour la fondation indépendante Aurat, qui promeut les droits des femmes. Même après son passage, "la Haute court de Peshawar a acquitté à deux reprises un homme accusé de crime d’honneur", dit-t-elle, interrogée par l’AFP.

D’après la Commission des Droits de l’Homme du Pakistan, un organisme indépendant, au moins 280 de ces meurtres ont été commis (à une écrasante majorité contre des femmes) entre octobre 2016 et juin 2017. Un chiffre vraisemblablement sous-estimé.

Car si la nouvelle loi punit de perpétuité le crime d’honneur, elle laisse au juge le soin de déterminer si un meurtre était lié, ou non, à "l’honneur" de son auteur. Qui peut alors invoquer un autre motif et se voir encore pardonné par la famille de la victime, observe le Dr Farzana Bari, cheffe du département d’étude des genres à l’université Quaid-i-Azam d’Islamabad.

La police encourage aussi fréquemment les deux parties à s’accorder sur "l’argent du sang", court-circuitant le système judiciaire pakistanais, par ailleurs engorgé. (...)