Depuis le putsch militaire perpétré le 26 juillet, l’incertitude plane quant au sort de dizaines de milliers de migrants et demandeurs d’asile présents au Niger. L’instabilité gouvernementale et les sanctions internationales prises à l’encontre du pays les précarisent d’autant plus. Entretien avec le représentant du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) dans le pays, Emmanuel Gignac. (...)
La fermeture des frontières, actée par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), et celle de l’espace aérien "affectent considérablement les groupes les plus vulnérables, en particulier les travailleurs migrants bloqués, les membres de leurs familles, les enfants migrants non accompagnés, les réfugiés", affirment ensemble le HCR et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans un autre document. (...)
On prête en tout cas beaucoup d’attention à la situation humanitaire des exilés. Celle-ci, il faut le dire, était déjà dégradée bien avant le coup d’État. Certains villages du pays étaient régulièrement en proie à des attaques de groupes armés non étatiques, ou à des enlèvements contre rançons. (...)
IM : Qu’est-ce qui vous inquiète le plus pour les mois à venir ?
EG : Le plus préoccupant, ce sont les sanctions de la Cédéao. Fermer des frontières, cela veut dire qu’on empêche les biens de circuler, y compris les biens alimentaires et médicaux. Ce sont des stocks dont nous dépendons pour fournir de l’aide aux migrants et réfugiés. Jusqu’ici, il n’y a pas eu de mécanismes d’exception pour ces produits. Nous l’attendons. (...)
Les sanctions internationales à l’encontre du Niger nous inquiètent aussi. Plusieurs pays, dont la France, ont annoncé suspendre leur aide au développement. Ce sont des fonds qui concernent aussi bien les Nigériens que les réfugiés, donc cela nous impacte, comme toutes les ONG et institutions onusiennes présentes dans le pays qui offrent une assistance aux exilés.
IM : Les migrants et demandeurs d’asile présents en ce moment au Niger peuvent-ils encore accéder à tous les services du HCR ?
EG : Malgré la situation, tous nos services restent entièrement fonctionnels (...)
IM : Un groupe de demandeurs d’asile membres de la communauté LGBT installé à Niamey et bénéficiaire du DHT a confié ses craintes à InfoMigrants. Plusieurs de ses membres, bloqués dans le pays, affirment être victimes de menaces. Que comptez-vous faire pour protéger ces personnes ?
EG : Nous sommes face à un problème qui, malheureusement, n’est pas nouveau. Nous connaissons bien ce groupe de 41 personnes. Il faut l’avouer, les portes de la ville leur sont fermées : elles ont déposé un dossier pour obtenir une protection, mais leur demande n’a même pas été reçue par les autorités. Donc ils n’ont pas le statut de demandeur d’asile, celui-là même qui leur octroie des droits et un accès à différents services de l’État. Une sorte de régularité en somme.
La situation de ce groupe est précaire, même si ses membres sont logés actuellement par nos services. On travaille sur des solutions éventuelles de plus long terme, mais cela prendra du temps. (...)