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Mediapart
Affaire Quatennens : le témoignage de son épouse compromet son retour
#Quatennens #LFI
Article mis en ligne le 24 novembre 2022

Après le communiqué de Céline Quatennens dénonçant des « violences physiques et morales » depuis « plusieurs années », des personnalités de gauche se sont élevées contre le possible retour du député de La France insoumise. LFI a décidé qu’il « ne participera pas à l’activité » du groupe jusqu’à ce qu’une décision de justice soit rendue. 

Le communiqué de Céline Quatennens a pris La France insoumise (LFI) de court. Le 23 novembre, l’épouse d’Adrien Quatennens a dénoncé à l’AFP, dans un texte authentifié par son avocat, des « violences physiques et morales » de sa part depuis « plusieurs années », réfutant tout « contexte d’agressivité mutuelle ». « Au cours de ces dernières années, j’ai voulu le divorce à trois reprises, à chaque fois sous la pression je suis revenue en arrière », déclare-t-elle. Ce témoignage, qu’elle livre « contre son gré », a pour objectif de « rééquilibrer les choses », alors que, la veille, l’avocate d’Adrien Quatennens, Jade Dousselin, annonçait dans un communiqué que son client avait accepté le principe d’un « plaider-coupable » le 13 décembre. (...)

L’avocate du député du Nord affirmait, dans son communiqué, que les faits retenus contre lui seraient la gifle ayant eu lieu il y a plus d’un an « dans un contexte déjà évoqué d’agressivité mutuelle », ainsi que les SMS envoyés à son ex-épouse après sa séparation. C’est ce qui a poussé Céline Quatennens, qui ne s’était pas exprimée publiquement en son nom depuis le début de l’affaire mi-septembre (elle avait signé un communiqué commun avec Adrien Quatennens, le 13 septembre, décrivant une situation de « divorce difficile ») à prendre la parole : « Il m’est désagréable que mon mari minimise les faits publiquement en jetant le discrédit sur ma personne », a-t-elle déclaré. Dans la foulée, Adrien Quatennens a fait savoir, par l’intermédiaire d’un communiqué de son avocate, qu’il démentait « catégoriquement les accusations portées à son encontre ». 

En fin de journée, le 23 novembre, à l’issue d’une réunion du bureau politique, La France insoumise a publié un communiqué suspendant Adrien Quatennens du groupe LFI à l’Assemblée, même si le terme de « suspension » n’est pas utilisé : « Fidèles à notre engagement féministe, nous prenons au sérieux cette parole [de Céline Quatennens – ndlr], les accusations graves qui ont été formulées et qu’Adrien Quatennens récuse par la voix de son avocate. [...] Une fois la décision de justice rendue, notre groupe décidera collectivement des suites à donner en son sein. Jusque-là Adrien Quatennens ne participera pas à l’activité de notre groupe parlementaire. » C’est l’épilogue d’une journée durant laquelle LFI a été sous le feu des critiques à gauche, sur son attitude à l’égard du cas Quatennens. 
Un coup d’arrêt au retour programmé

Sur le fond, le parquet de Lille n’ayant pas rendu publiques les infractions retenues dans cette « comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité », comme la peine qui lui sera proposée, les deux parties se livrent à une bataille de communication. En l’état, les faits ne pourraient être rendus publics que le 13 décembre. Il n’en demeure pas moins que les conséquences politiques sont déjà là pour Adrien Quatennens et pour La France insoumise (LFI), dont il était l’une des figures de proue. (...)

Contacté·es dans l’après-midi, de nombreux député·es n’ont pas souhaité nous répondre. « Notre décision concernant Adrien Quatennens doit prendre en compte sa parole à elle [Céline Quatennens – ndlr] et pas seulement la sienne. Nous devons être justes et audibles », a cependant réagi Clémentine Autain au Figaro. Au micro de BFMTV, sa collègue Raquel Garrido a estimé pour sa part, au sujet d’un éventuel retour d’Adrien Quatennens à l’Assemblée : « Il n’est pas là et c’est tant mieux qu’il ne soit pas là. [...] Il est important que Céline perçoive qu’il y a de l’empathie chez nous. »

Sous couvert de l’anonymat, un député LFI confie à Mediapart : « En l’état, je ne vois pas comment Adrien Quatennens peut revenir, et je ne suis pas sûr qu’un retour pressé, même pour lui, soit une bonne idée. Il faut prendre le temps, qu’il soit sensibilisé, que tout soit fait pour qu’il n’y ait jamais de récidive, c’est le minimum. » 
Les critiques ouvertes de la Nupes

De nombreuses personnalités de gauche et écologistes ont communiqué leur soutien à Céline Quatennens et l’impossibilité à leurs yeux qu’Adrien Quatennens siège à leurs côtés (...)

Du côté des écologistes, la députée Sandrine Rousseau a affirmé sur Twitter : « Adrien Quatennens ne peut plus siéger à l’Assemblée nationale. » Sa collègue Sandra Regol, jointe par Mediapart, estime que les propos de l’ex-compagne d’Adrien Quatennens sont « très graves » et que, « quand une femme parle, il faut la croire. Il est d’ailleurs tout à fait possible qu’il y ait eu de son côté une prise de conscience progressive du fait qu’elle avait été victime ». (...)

Face au silence du fondateur de La France insoumise (Jean-Luc Mélenchon n’avait toujours pas réagi, le 23 novembre à 20h50), la militante féministe Caroline De Haas, qui lui avait déjà adressé une lettre pointant du doigt son inconséquence sur le cas Quatennens, a publié un texte fictif, indiquant « ce que devrait écrire le leader de la gauche suite à la prise de parole de Céline Quatennens ». « Le groupe parlementaire doit prendre une mesure concernant Adrien Quatennens. Il ne peut exercer son mandat de député de La France insoumise en l’état », écrit la militante en se substituant au fameux leader. 

À l’inverse, jusqu’à présent, suivant les premières déclarations de Jean-Luc Mélenchon, le groupe parlementaire s’était fait discret sur le cas Quatennens – d’autant plus que, jeudi 24 novembre, LFI doit défendre ses propositions de loi dans le cadre de sa niche parlementaire. (...)

La prise de position de LFI via son communiqué pourrait augurer d’une évolution, après des semaines de tergiversations. Chaque mot en a été bien pesé.