Plusieurs des nouveaux députés du Rassemblement National ont tenu des propos anti-avortement. Le RN va devoir se positionner sur la question, alors que la question a été relancée en France par la décision de la Cour Suprême des États-Unis vendredi.
Et voilà le Rassemblement national (RN) qui pourrait déjà être cornerisé à l’extrême droite de l’hémicycle, six jours seulement après avoir envoyé 89 députés à l’Assemblée nationale. En déposant hier une proposition de loi constitutionnelle pour sanctuariser le droit à l’IVG, le gouvernement force le parti à flamme à se positionner sur un sujet qui pourrait abîmer ses tentatives pour se dédiaboliser. Si les dirigeants du parti se relaient pour rappeler que le RN « n’a jamais souhaité revenir sur l’avortement », à l’instar de Sébastien Chenu, Marine Le Pen a en effet envoyé au Palais-Bourbon plusieurs militants anti-avortement.
Parmi eux, Caroline Parmentier, l’une de ses plus proches collaboratrices. Longtemps rédactrice du journal catho-traditionnaliste Présent et propulsée dimanche députée du Pas-de-Calais, elle signait, entre autres, un article en mai 2018 dans lequel elle regrettait qu’« après avoir "génocidé" les enfants français à raison de 200 000 par an (le nombre d’avortement en France, ndlr), on doit maintenant les remplacer à tour de bras par les migrants ». (...)
Marine Le Pen elle-même entretient une position ambigüe sur l’IVG. En 2012, ses propos sur « les avortements de confort » avaient entraîné une polémique. Plus récemment, à l’automne 2021, elle s’était élevée contre l’allongement du délai d’IVG, dénonçant une « dérive idéologique ». « La réalité est que ce changement de deux semaines est un changement très important, avait-elle précisé au JDD. L’acte n’est pas le même. Il est beaucoup plus traumatisant pour les femmes et les médecins. Il y a très certainement un certain nombre de médecins, qui acceptaient de faire des IVG jusqu’à 12 semaines, et qui refuseront de les faire jusqu’à 14 semaine. Ça va réduire le nombre de praticiens. C’est une erreur commise au détriment des femmes pour des raisons idéologiques. » Marine Le Pen défend également la politique de son allié au Parlement européen, le PiS, qui a interdit l’avortement en Pologne, hormis si la grossesse résulte d’un viol ou met en danger la vie de femme. « C’est la liberté du peuple polonais qui est fondée sur la spécificité de la Pologne, son histoire, l’imprégnation de la religion catholique », expliquait-elle lors du même entretien.
Contrairement à l’immense majorité de la classe politique, le RN n’a pas désapprouvé l’annulation de l’arrêt Wade vs. Roe aux Etats-Unis, qui révoque le droit à l’avortement au niveau fédéral.