
Pour les cures qui durent un certain temps, difficile d’échapper à cette question. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut poser une chose : nous sommes globalement et profondément des êtres dépendants.
Nous naissons dans un état assez inédit de dépendance : nous mettons du temps avant de marcher, de parler, de pouvoir nous nourrir seul et même notre maturité biologique met un temps considérable à se développer. Nous dépendons très souvent des autres pour être équilibré : nous avons besoin de parler, d’écouter, d’interagir. Nous sommes entourés de tout un tas de substances addictives : alcool, tabac, sucre... desquelles nous nous protégeons avec non pas moins d’addiction par le sport, la lecture, les écrans suivant nos préférences.
Une fois ce tableau posé, oui, il est fort possible de devenir accro à son psy. Quant à savoir si votre psy vous rend dépendant de lui, à moins qu’il n’utilise le chantage ou d’être tombé sur un charlatan qui vous explique que sans lui vous êtes foutu, ça reste peu probable. Pourtant, la question se pose inexorablement.
C’est vivant, voire exaltant
J’y ai moi-même pensé plus d’une fois. Notamment dans ces moments où les limites de la relation sont testées : en oubliant une séance, en ne venant pas sans prévenir, ou en affirmant comme sorti de nulle part que ça y est c’est décidé j’arrête de venir, tout en pleurant la minute d’après, ou en pondérant tout de suite le propos par un doute. J’avais toujours dans ces cas-là une sorte d’espoir que la cure s’arrête en eau de boudin, dans un silence commun, une brouille qui n’en est pas vraiment une, bref, un non-dit confortable à l’instant T.
Manque de pot, j’avais toujours le droit à un appel de ma psy pour me signifier mon oubli, pour me proposer une autre date de séance, et dans les cas où j’étais en face d’elle mais peu sûre de moi quant à la fin de la cure, elle me donnait systématiquement rendez-vous pour la semaine d’après.
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