
(...) C’est une étude inédite. Elle montre, à partir de l’observation d’oiseaux en milieu naturel, que ceux qui vivent à proximité de champs en agriculture biologique sont en meilleure santé que ceux vivant dans des paysages d’agriculture conventionnelle.
L’article, intitulé L’agriculture biologique a un effet positif sur la vitalité des passereaux dans les paysages agricoles, a été publié fin mai dans la revue Agriculture, Ecosystems & Environment. (...)
(...) « Dans notre zone, nous avons identifié 300 molécules de pesticides différentes, poursuit Vincent Bretagnolle. On ne trouve pas quelle est la molécule incriminée. Mais on mesure l’effet réel de l’exposition à un cocktail de pesticides. »
Des oiseaux « apathiques, amorphes » (...)
« Tout est inventorié : si le champ est en bio ou en conventionnel, quels types de pesticides sont utilisés et dans quelles quantités ils sont épandus », explique Jérôme Moreau. Cette précision a permis de déterminer 10 haies au milieu de champs majoritairement bio, et 10 haies dans un paysage à dominante conventionnelle.
Les chercheurs ont ensuite placé des filets pour capturer les oiseaux. Ils ne devaient pas passer plus de dix minutes dans le filet, un expérimentateur arrivant rapidement pour effectuer une série de quatre tests simples. Seules les observations faites sur les six espèces les plus capturées [1] ont été retenues afin d’avoir un échantillon significatif. (...)
Le résultat a été net. « Les tentatives de fuite, l’agressivité, le picage et les cris de détresse lors de la capture [...] étaient tous plus élevés chez les oiseaux capturés dans des haies biologiques que chez ceux capturés dans des paysages conventionnels », notent les chercheurs dans leur article. « C’était comme si les oiseaux pris dans les champs conventionnels étaient apathiques, amorphes », dit Jérôme Moreau.
Une telle clarté des observations a surpris les chercheurs eux-mêmes. (...)
« Notre étude observe quasiment le même résultat chez toutes les espèces sur lesquelles on a travaillé, ajoute Jérôme Moreau. Cela montre que c’est un problème systémique, lié à l’environnement. »
« Un signal d’alerte précoce »
Les scientifiques excluent que la différence de comportements puisse être attribuée à une disponibilité différente de la nourriture selon les paysages, « car la condition corporelle [des oiseaux] était identique dans les deux contextes », précise l’article. Ils ont aussi commencé à identifier et quantifier les pesticides dans le sang des oiseaux, pour préciser le lien de cause à effet. (...)
Vincent Bretagnolle émet plusieurs hypothèses. « D’abord, les oiseaux sont beaucoup moins vigilants et détectent le prédateur plus tard. On peut imaginer des problèmes nerveux, car on sait que certaines molécules de pesticides ont ce type d’effet. L’autre hypothèse est que l’énergie mise à se détoxifier des pesticides n’est pas mise à fuir face au prédateur. » (...)
Ces résultats viennent renforcer ceux publiés par la même équipe il y a un an. Elle avait alors étudié des oiseaux en cage, des perdrix, nourries pour une moitié avec des céréales issues de l’agriculture conventionnelle, et pour l’autre issues de l’agriculture biologique. Ils avaient alors déjà constaté des « effets spectaculaires ». (...)
Les résultats de ces deux études « ouvrent un pan de recherche sur les effets sublétaux des pesticides, estime Vincent Bretagnolle. On trouve des conséquences importantes sur le comportement, la physiologie, l’écologie de ces espèces. Il faudrait aller chercher chez l’homme, les études n’ont pas encore été faites ». (...)
Jérôme Moreau estime que nos compagnons ailés pourraient être un « signal d’alerte précoce » de la dégradation de l’environnement dans les zones agricoles. Les changements de comportement des oiseaux sont observés même à de toutes petites doses de pesticides. C’est donc un indicateur très sensible. (...)