On espère que le deuxième épisode finira mieux que le premier.
Cet automne, Clive Palmer, le magnat australien de l’exploitation minière, a affirmé avec force déclarations avoir relancé son projet visant à reproduire le navire le plus tristement célèbre au monde et à proposer des croisières sur le Titanic II entre Southampton, en Angleterre, et New York (soit l’itinéraire d’origine du Titanic), avant de continuer par un tour du monde.
« En cette époque où les conflits font rage dans le monde, le Titanic représente Jack et Rose, Roméo et Juliette », m’a raconté Palmer, au téléphone depuis l’Australie, en n’hésitant pas à rapprocher l’histoire d’amour des personnages principaux du Titanic de James Cameron (Jack se noie après le naufrage du navire) de celle des héros de la tragédie de Shakespeare (Roméo meurt empoisonné, Juliette se poignarde). « Nous savons faire la guerre, nous devons faire la paix, lance-t-il. C’est en partie ce qui nous motive pour construire ce navire. » (...)
Dernièrement, Palmer a annoncé que le siège européen du projet allait être localisé à Paris afin d’éviter les complications dues au Brexit. La semaine précédente, il avait nommé un directeur européen malencontreusement baptisé Clive Mensink (littéralement « des hommes se noient »), afin qu’il s’occupe du personnel, des opérations et de la construction.
Le projet va-t-il arriver à bon port ? Pas sûr. (...)
Petit détail qui a son importance : en réalité, Clive Palmer n’a encore rien construit du tout. Il avait annoncé son projet pour la première fois en 2012 pour une mise à l’eau en 2016. La construction de la réplique, avait-il alors avoué à un magazine australien, répondait à une demande de constructeurs navals chinois qui cherchaient à s’introduire sur le marché des croisières. « J’ai dit “Construisons le Titanic !” Ce sera un moyen formidable de démontrer la compétitivité des constructeurs navals chinois. » (En outre, il est fan du film.) En avril 2012, Palmer avait demandé à Deltamarin, une véritable entreprise finlandaise de conception de navires, ainsi qu’à CSC Jinling Shipyard, le constructeur naval d’État chinois, de signer un protocole d’accord et de « mener des études techniques préliminaires ». En 2014, il avait repoussé la date butoir à 2018. Et en 2015, les ouvriers de CSC Jinling avaient annoncé à l’Australien que son projet était au point mort. (...)
Dans une station balnéaire qu’il a achetée, Palmer a tenté (en vain) de construire le plus grand parc de dinosaures animatroniques au monde, avant de finalement laisser la propriété tomber à l’abandon (même s’il prétend que le site est simplement fermé au public et qu’il s’en sert comme Donald Trump utilise Mar-a-Lago). Alors que l’une de ses sociétés, Mineralogy, se battait devant les tribunaux pour des droits d’exploitation minière non payés par les Chinois, une autre de ses entreprises, appelée Queensland Nickel a fait faillite, avec plus de 200 millions de dollars de dettes envers ses créditeurs et ses anciens employés. En outre, Clive Palmer a chuté puis a disparu de la liste Forbes des cinquante Australiens les plus riches, avant que sa situation ne s’aggrave encore. (...)
Suite à la faillite de Queensland Nickel, le seul directeur déclaré, Clive Mensink (le neveu de Palmer), a quitté le pays et se cache en Bulgarie, car il fait l’objet d’un mandat d’arrêt en Australie pour ne pas s’être présenté au tribunal lors de l’enquête publique sur la banqueroute de l’entreprise (« Ce n’est rien de plus qu’une contravention », a fanfaronné Palmer). Aujourd’hui, bien que fugitif, Mensink est responsable des ressources humaines, des opérations et de la construction du Titanic II. (...)