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Appel des Appels
Le nouveau totalitarisme culturel de la pensée simplificatrice
Article paru dans le journal l’humanité du 22 février 2012 Par Roland Gori, Professeur émérite de Psychopathologie clinique à l’Université d’Aix-Marseille
Article mis en ligne le 16 avril 2012
dernière modification le 10 avril 2012

L’autisme a reçu le label «  grande cause nationale  » cette année. À cette occasion, des associations de parents d’enfants atteints d’autisme exigent la fin de l’approche psychanalytique dans sa prise en charge en France au profit de méthodes comportementalistes (ABA, Teach…). Le dépôt d’une proposition de loi, le 20 janvier 2012, par le député UMP Daniel Fasquelle, professeur de droit, particulièrement investi dans les questions de pêche, de chasse et d’aménagement du territoire, va dans le même sens : interdire les pratiques, les recherches et les enseignements psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes. Les pratiques de soin ne se «  calibrent  » pas aussi facilement que la taille des saumons dont on autorise la pêche…

Pour imposer une normalisation des pratiques, notre société s’appuie sur un double dispositif de légitimation, celui des agences d’expertise et d’évaluation et celui des fabriques de l’opinion publique soumises à l’intense lobbying des protagonistes. La récente publication dans Libération d’un extrait du rapport de la Haute Autorité de santé (HAS) à paraître en mars prochain et censé exclure l’orientation psychanalytique dans l’autisme conduit à une véritable «  bataille rangée  » sur la scène médiatico-politique malgré le communiqué de la HAS, regrettant cette publication «  inexacte et hors contexte  ». La guerre est déclarée entre deux camps. Les uns arguent de leurs expériences cliniques et de leurs valeurs humanistes, les autres évoquent des «  évaluations internationales  » (ce qui veut dire anglo-saxonnes).

Et c’est bien à une nouvelle forme de judiciarisation des débats, des savoirs et des pratiques que nous avons à faire. Violemment.

Celui qui parvient à prescrire les normes et le «  calibrage  » de ce qui peut socialement être admis, en fabriquant les émotions de l’opinion publique, en mobilisant à son avantage les passions politiques, en s’appuyant sur des «  experts  » avec lesquels il entretient quelques affinités, finit par emporter le «  marché  ». Il faut le répéter, dans le domaine de la santé mentale, le «  marché  » est d’autant plus «  juteux  » et infini que le périmètre de ses objets est instable, ses «  critères  » imprécis, ses «  méthodes  », ses «  pratiques  » et ses «  savoirs  » incertains, mal assurés. Paradoxalement, la complexité scientifique des problèmes de santé mentale invite à leur «  simplification  », les expose aux modes et aux idéologies.

L’urgence, c’est tout de même de poser des questions avant de s’engouffrer dans des réponses. Pour exemples : la «  santé mentale  » relève-t-elle du seul champ de la médecine ? La schizophrénie peut-elle vraiment être dépistée comme le diabète ? Est-il légitime qu’après des décennies d’idéologie psychanalytique, quelquefois outrancière, ce soit aujourd’hui l’idéologie médico-biologique qui recompose l’ensemble des savoirs, des pratiques et des formations de ceux qui prennent en charge les souffrances psychiques et sociales ? Peut-on distinguer la rationalité scientifique d’un savoir ou d’une méthode et l’idéologie qu’elle favorise comme les discours politiques qui s’en emparent ? (...)

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