
On marche sur la tête ! Mais qu’est-ce qui est vraiment le plus dingue : l’ultralibéralisme qui confond à terme bœuf et cheval ou la réglementation nationale qui interdit la délivrance des médicaments en-dehors de l’avis éclairé des pharmaciens dûment reconnus ?
Depuis plusieurs jours, un spot publicitaire est diffusé à la télévision. Il s’agit des hypermarchés Leclerc qui cherchent à promouvoir un rayon particulier de leurs magasins, la parapharmacie, mais ils aimeraient aussi avoir un rayon pharmacie sans être taxés d’exercice illégal de la médecine.
C’est une publicité "militante". C’est-à-dire à la fois politique et idéologique, même si elle est bien sûr à finalité commerciale. D’habitude, Leclerc a habitué le consommateur à des combats plutôt sympathiques : ceux du prix bas passant par la concurrence. Et donc, par la déréglementation.
Malheureusement, la concurrence n’engendre pas forcément des prix bas, et les prix bas n’engendrent pas forcément la qualité et même la sécurité des consommateurs. Le scandale des lasagnes de bœuf fabriquées avec de la viande chevaline roumaine est le dernier exemple de cette drôle d’économie mondialisée.
La cible : les médicaments délivrés sans ordonnance (...)
Tout est misé sur l’étonnement et le supposé bon sens : Leclerc embaucherait (à vérifier) des "docteurs en pharmacie" mais ceux-ci n’auraient pas le droit de vendre des médicaments. Je doute qu’il y ait réellement ce type de recrutement (quel pharmacien diplômé accepterait-il un tel emploi ?) mais l’objectif est évidemment de marquer les esprits.
Bon sens avec un brin de grosse démagogie, surtout quand on connaît l’impopularité des grands groupes de big pharma, comme avec cette question frappante : « Êtes-vous assez riche pour avoir mal à la tête ? ».
En allant sur le site Internet spécialement destiné à ce sujet, Leclerc en profite pour rappeler que ses produits de parapharmacie sont moins chers que chez ses concurrents (...)
D’une part, rappelons tout de suite qu’il existe de très nombreux médicaments capables d’être achetés sans ordonnance mais nécessitant cependant des conseils des pharmaciens, comme, par exemple (j’en ai heureusement bénéficié), des anti-inflammatoires. Ces médicaments, même délivrés sans ordonnance, ne sont donc pas tous aussi anodins qu’une simple aspirine. D’ailleurs, aucun principe actif n’est anodin.
D’autre part, au lieu de jouer sur une plaisante victimisation (l’État est contre les centres Leclerc, voire, l’État est contre les prix bas), la publicité aurait dû rappeler que la vente des médicaments est strictement réglementée.