
Niveaux d’alerte et de vigilance inhabituels, peur de l’avenir, troubles anxieux, insomnies… Psychiatres et lecteurs témoignent des conséquences de l’irruption d’un conflit aux portes de l’Europe, après deux ans de crise sanitaire.
La promesse d’une accalmie sur le front du Covid-19, l’approche du printemps… Mi-février, le retour des « jours heureux », enfin, pouvait sembler à portée de main. Un espoir anéanti le 24 février, quand la Russie a attaqué l’Ukraine. Comment ce conflit, aux portes de l’Europe, affecte-t-il notre état psychique ?
Les guerres, c’est une évidence, altèrent d’abord la santé psychique des populations directement exposées à leur violence. En 2019, l’OMS a réalisé un bilan des études sur le sujet. Résultat : dans les pays qui ont subi un conflit au cours des dix années précédentes, plus d’une personne sur cinq (22,1 %) souffre de dépression, de troubles anxieux, de stress post-traumatique, de troubles bipolaires ou de schizophrénie. Ces troubles sont d’intensité modérée à grave chez près d’une personne sur dix (9,1 %).
Comparées à la détresse des populations ukrainiennes, nos angoisses, de fait, restent une réaction de privilégiés. (...)
« Difficile de ne pas culpabiliser quand notre quotidien reste inchangé, j’essaie d’agir à ma manière en participant à des collectes, témoigne, de son côté, Tiphaine, 30 ans. Difficile également de garder espoir, alors que les mauvaises nouvelles s’enchaînent, qu’au même moment le rapport du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] est publié. » Mais s’apitoyer sur elle-même lui semblerait « indécent » quand elle voit le courage du peuple ukrainien.
Fort sentiment d’identification
« On a forcément honte de se plaindre, on n’est pas sous les bombes, la vie ici continue normalement, mais “l’Ukraine” – comme on disait “le virus” – a envahi nos vies », renchérit Sophie Mangon, 68 ans. Hier, c’était la diffusion du SARS-CoV-2 que l’on pouvait redouter. Aujourd’hui, c’est la contagion du conflit.
L’empathie pour celles et ceux qui subissent ce malheur, bien sûr, est un facteur d’anxiété majeur. (...)
Face à ce désastre qui s’abat sur le peuple ukrainien, un effet psychologique bien connu entre en jeu : « Plus nous nous sentons proches d’une population, plus nous nous identifions à elle », rappelle Coraline Hingray, psychiatre au CHRU de Nancy. (...)