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France24
Trêve Israël-Hezbollah : un cessez-le-feu en terrain miné
#israel #palestine #Hamas #Cisjordanie #Gaza #liban
Article mis en ligne le 28 novembre 2024

Le cessez-le-feu entré en vigueur au Liban entre Israël et le Hezbollah, mercredi, intervient après un regain de violence à la frontière depuis les attaques du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, et une guerre ouverte depuis près de deux mois. Mais cette trêve va être difficile à appliquer et faire respecter.

Ils ont commencé à retourner vers le sud du pays, mercredi 27 novembre. Quelques heures après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, des milliers de Libanais déplacés par la guerre ont espoir de pouvoir rentrer chez eux. Deux mois de combats acharnés ont poussé près d’un million de personnes à l’exode.

Au sud du Liban, il n’y a en effet plus de coups de feu ou de tirs d’obus depuis trois heures du matin (heure française), début de la trêve. Promu par le président américain Joe Biden et accepté par les belligérants mardi soir, cet accord prévoit que le Hezbollah se retire au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec l’État hébreu, tandis que l’armée israélienne dispose de 60 jours pour quitter le sud du Liban. (...)

Un cessez-le-feu qui a été salué par la plupart des dirigeants du monde. Après douze mois d’hostilités entre Israël et le Hezbollah, conséquence de la guerre contre le Hamas à Gaza, dont prêt de deux mois de guerre ouverte, cet accord a été qualifié de “nouvelle très encourageante” par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, tandis que le Premier ministre libanais par intérim, Najib Mikati, a évoqué une “étape fondamentale” pour rétablir la stabilité régionale. (...)

Encore faut-il ne pas trébucher sitôt l’accord conclu. Ce cessez-le-feu “sera incroyablement difficile à mettre en œuvre et à garantir”, assure Robert Geist Pinfold, spécialiste des questions sécuritaires au Moyen-Orient à l’université de Durham (Angleterre).

“Les points les plus âprement négociés et sensibles concernent les mécanismes de suivi et de mise en œuvre de cet accord”, souligne Filippo Dionigi, spécialiste du Hezbollah à l’université de Bristol, en Angleterre.

La Finul, aidée par une commission qui comprend notamment les États-Unis et la France, devra ensuite s’assurer que tout se passe bien. Au moindre hic, l’armée libanaise et la Finul seront chargées de ramener l’ordre et d’éviter que le cessez-le-feu ne soit rompu. (...)

Problème : “Les forces armées libanaises, censées superviser des éléments clés de l’accord comme réguler le flux des armes en circulation au sud du Liban, n’a historiquement jamais imposé son autorité sur le Hezbollah au sud du Liban”, souligne Shir Mor, spécialiste des questions de sécurité en Israël à l’International Team for the Study of Security (ITSS) Verona. (...)

La Finul ne jouit pas d’une réputation beaucoup plus flatteuse à Tel-Aviv. (...)

C’est pourquoi une commission internationale a été ajoutée au dispositif de surveillance par les auteurs de l’accord de cessez-le-feu. Cela sera-t-il suffisant ? La méfiance d’Israël les a, en tout cas, poussés à exiger une clause supplémentaire qui pourrait également faire capoter la trêve. Les Israéliens ont obtenu le droit d’intervenir unilatéralement s’ils perçoivent une menace directe à leur sécurité au sud du Liban. Un ajout “problématique pour le Liban qui s’y est opposé depuis le début des négociations car c’est une question d’intégrité de la souveraineté nationale”, explique Filippo Dionigi.

Obstacle politique

Qui va décider ce qu’est une menace directe à la sécurité israélienne ? (...)

Pour cet expert, il y a un autre obstacle à l’application de cet accord qui se trouve… au sein du gouvernement israélien. “Les ministres d’extrême droite veulent continuer la guerre. Ils ont peut-être accepté le cessez-le-feu au Nord qui leur a été présenté, mais est-ce que ce sera au prix d’une intensification sur les autres fronts [Gaza, Syrie, Iran, Cisjordanie] ? Le Liban pourrait alors se retrouver entraîné dans un autre conflit”, explique-t-il.
Pour combien de temps ?

Même si la trêve tient bon, cela ne signifie pas qu’elle durera. N’en déplaise à Joe Biden qui a assuré que “l’accord avait été conçu pour marquer un arrêt permanent des hostilités” entre Israël et le Hezbollah. Sauf que “le cessez-le-feu sera rompu dès le moment où l’une des deux parties estimera qu’il ne sert plus ses intérêts, qu’importe ce qui est écrit dans l’accord”, affirme Ahron Bregman.

Pour l’instant, les deux camps ont intérêt à cette trêve, veut croire Filippo Dionigi. (...)

“les objectifs de guerre [permettre le retour en toute sécurité des habitants au nord, NDLR] sont loin d’avoir été atteints”.

Le Hezbollah ne va pas non plus se satisfaire de cette situation, craignent les experts interrogés par France 24. “Le sud du Liban est leur principale base d’action et ce groupe y jouit d’un soutien populaire important. Je ne m’imagine pas un scénario dans lequel le Hezbollah tire un trait définitif sur cette région”, conclut Robert Geist Pinfold.