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Retailleau sur l’immigration (4/4) : "l’immigration massive" n’est-elle pas une chance pour la France ?
#Retailleau #immigration
Article mis en ligne le 28 septembre 2024
dernière modification le 25 septembre 2024

Lundi soir, dans une interview à TF1, le nouveau ministre français de l’Intérieur a laissé entendre que l’économie française souffrirait d’un fort afflux d’immigrés. "Comme des millions de Français, je pense que l’immigration massive n’est pas une chance pour la France", a-t-il déclaré. InfoMigrants fait le point.

Lundi 23 septembre, le nouveau ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau était l’invité de Gilles Bouleau sur TF1. Dans une interview aux accents très droitiers, l’ancien sénateur, membre du parti Les Républicains, a déclaré : "Comme des millions de Français, je pense que l’immigration massive n’est pas une chance pour la France". Par les termes "immigration massive", le nouveau locataire de la place Beauvau sous-entend que la France serait submergée par les flux migratoires. Tout d’abord, est-ce le cas ?

C’est une réalité que l’immigration augmente en France, comme dans la plupart des pays développés, principalement du fait de la hausse de la population mondiale. Mais cette hausse n’est en rien massive. En 2022, 7 millions d’immigrés vivaient en France, soit 10,3 % de la population totale, selon l’Insee. En 1975, la France comptait 7,4 % d’immigrés parmi la population. Et en 1946, les immigrés représentaient 5 % de la population française. (...)

"La population mondiale augmente et donc il y a de plus en plus d’immigrés et les immigrés ont tendance à aller de plus en plus vers les pays de l’OCDE", expliquait récemment à InfoMigrant Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

Une grande part de ces mouvements migratoires est liée au travail. De ce fait, plus qu’un poids, les immigrés sont une main d’œuvre nécessaire pour les pays vers lesquels ils migrent. Pour Jean-Christophe Dumont, “il n’y a pas de doute, l’immigration contribue à accroître le PIB", tout simplement parce qu’en tant que consommateurs, les immigrés dépensent de l’argent pour répondre à leurs besoins en France.

En 2016, dans ses Perspectives de l’économie mondiale, le FMI estimait qu’une hausse d’un point de pourcentage de la part des immigrés dans la population pouvait conduire à une hausse de 2 % du PIB par habitant.

L’immigration, une chance ?

Alors, l’immigration peut-elle être considérée comme une chance pour la France ? Pour bien des économistes, la réponse est oui, sans ambiguïté. (...)

Un rapport de l’Institut Montaigne de 2020 soulignait que la Seine-Saint-Denis, département qui comprend la plus grande part de personnes issues de l’immigration en France (31,6 % selon l’Insee), est "le 8e département contributeur au financement de la protection sociale et celui qui reçoit le moins de protection sociale par habitant". (...)

Et même si le soutien aux familles d’immigrés coûte de l’argent à l’État, leur présence reste très positive, estiment de nombreux analystes. Principalement parce que les immigrés occupent souvent les emplois dans les secteurs professionnels dits "en tension", qui ne trouvent pas aisément preneurs parmi les citoyens français.

Sans les étrangers, pas de restaurants à Paris (...)

"Quand je passe une annonce pour recruter, il n’y a que des immigrés qui postulent. Ce sont des boulots où il faut accepter de travailler les week-ends, les soirs jusqu’à tard. À Paris, sans les étrangers, les restaurants, ils ne tournent pas !", assurait en juillet dernier Xavier Denamur, restaurateur à Paris, au Monde.

Enfin, le secteur du bâtiment repose aussi très largement sur la main d’œuvre immigrée. (...)

Emmanuel Macron lui-même avait reconnu l’importance de l’immigration pour l’économie française en décembre 2022, dans une interview accordée au Parisien, alors qu’il était interrogé sur la loi immigration finalement adoptée par le Sénat en novembre 2023 et promulguée en janvier 2024.

"Aujourd’hui, soyons lucides, est-ce qu’on pense sincèrement que la restauration, les travaux agricoles et beaucoup d’autres secteurs tournent sans immigration ? (…) La réponse est non !", avait-il déclaré.