La décision des évêques de France de supprimer l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR) pour la remplacer par une structure au cadre flou suscite l’inquiétude du collectif De la parole aux actes et d’associations de victimes de violences au sein de l’Église catholique.
(...) Cette inquiétude n’est pas abstraite, elle repose sur un constat simple : rien, dans le dispositif annoncé, ne garantit l’indépendance réelle de cette future instance vis-à-vis de la hiérarchie de l’Église catholique. Depuis des années, les victimes dénoncent un système où l’Église s’auto-régule sans contrôle extérieur. L’indépendance revendiquée par ces commissions interroge au regard de leurs liens avec la hiérarchie de l’Église catholique. Cette réalité ne peut plus être ignorée, alors comment accepter que la reconnaissance et la réparation de ces crimes et délits sexuels continuent d’être organisées, directement ou indirectement, par l’institution même dans laquelle ils ont été perpétrés ?
Une décision prise sans les victimes (...)
Depuis trop longtemps, la parole des victimes a été confisquée, minimisée, instrumentalisée, et les exclure une fois de plus des décisions qui les concernent est une faute morale. (...)
Les victimes ne peuvent pas être simplement informées a posteriori, comme ce fut le cas lors d’une réunion entre évêques et représentants d’associations et collectifs de victimes ce mardi 7 avril 2026. Les victimes doivent être pleinement associées aux décisions, non comme de simples témoins passifs mais comme de véritables acteurs dont la dignité exige la participation active dans l’application du droit, et dans les engagements pris à leur égard. Continuer à décider sans elles revient à prolonger la violence institutionnelle.
Rompre avec l’entre-soi (...)
Au sein des associations de victimes, des approches différentes existent quant aux modalités permettant de garantir cette indépendance. Certaines appellent à une implication structurante de l’État dans l’organisation et le contrôle du dispositif de réparation, tandis que d’autres estiment que l’Église catholique doit, par une refonte profonde de ses mécanismes, être en mesure d’en assurer elle-même les garanties. En tout cas, ces approches distinctes se rejoignent sur une exigence commune, celle d’une indépendance réelle, vérifiable et effective, condition indispensable à la confiance et à la justice
Garantir le droit commun et l’égalité (...)
Cette exigence est d’autant plus forte pour les nombreuses victimes dont les faits sont aujourd’hui prescrits ou dont les auteurs sont décédés, rendant toute voie judiciaire impossible. Des dispositifs tripartites existent ailleurs (Espagne, Allemagne, Belgique) qui ne constituent pas un modèle idéal mais posent un minimum essentiel : la réparation ne peut être laissée à la seule institution responsable.
Nous alertons également sur le danger de certains « accompagnements » non professionnels. (...)
La sécurité des victimes impose le recours exclusif à des professionnels de santé qualifiés, indépendants de toute influence institutionnelle ou confessionnelle.
Reconstruire sur des bases légitimes
Dans ce contexte, nous demandons solennellement :
● La suspension immédiate du dispositif annoncé par les évêques ;
● L’ouverture d’une concertation réelle avec l’ensemble des collectifs et associations de victimes ;
● Et, à l’appel de certaines associations de victimes, l’engagement de l’État dans la construction d’un dispositif conforme au droit commun, via la mise en place d’un cadre de gouvernance garantissant une indépendance effective et l’intégration des victimes à tous les niveaux de décision. (...)