Voilà on a fait barrage à l’extrême droite comme on a pu. Maintenant, si on veut réussir à s’unir à gauche pour gagner la présidentielle, il me semble qu’il va falloir faire le ménage chez nous. J’ai toujours milité avec la gauche radicale. Aujourd’hui quelque chose ne va pas et il va falloir le regarder en face.
Si l’extrême droite et une partie de la droite instrumentalisent les communautés juives pour s’attaquer aux communautés arabo-musulmanes de France, c’est parce qu’une partie de la gauche a trop longtemps laissé le champ libre en refusant de se former à ce sujet.
La question de l’antisémitisme est un des angles morts d’une partie de la gauche.
Accepter de l’admettre, repenser tout ça et le considérer, c’est faire avancer la gauche.
Ne pas vouloir en parler par peur que la droite et l’extrême droite gagnent, c’est malsain pour notre famille politique, c’est accepter qu’un poison se diffuse parmi nous.
Dans une famille, lorsqu’il y a un souci majeur, le taire, ou le nier n’a jamais arrangé les problèmes, il ne fait que l’empirer sur le long terme. (...)
Je partage toujours énormément de valeurs en commun avec la LFI.
Je n’oublie pas que le RN a été le parti le plus condamné en terme de racisme et d’antisémitisme.
Je n’oublie pas que ce parti a été fondé par des Waffen SS, des collaborationnistes et c’est pour ça que je flippe grave.
Notre famille politique se doit d’être à la hauteur pour contrer le danger qui nous menace.
(...)
Il me semble qu’il est extrêmement important de se former à la question des tropes antisémites, afin de ne pas devenir des « alliés toxiques » de la cause palestinienne, et afin de ne pas mettre en danger les personnes juif·ves, qu’ils et elles viennent de la diaspora ou d’Israël.
Se former sur la question des tropes antisémites permet de se positionner avec un argumentaire construit et d’éviter de tomber, souvent malgré soi, dans des rhétoriques Soraliennes et complotistes qui mettent en danger des personnes innocentes qui sont racialisées.
Enfin, j’aimerais m’assurer d’être pleinement comprise, je suis bien loin de me sentir faire partie des "fossoyeurs de la gauche".
Je suis profondément, viscéralement de gauche, et je ferai toujours partie de celleux qui résistent lorsque notre famille politique s’éloigne de ses valeurs. Je refuse le dogme et le manque d’autonomie de pensée.
L’antisémitisme a cette spécificité d’exister dans tous les partis politiques et classes sociales, il n’a cessé d’être protéiforme au fil des époques, et notre famille politique se doit d’être irréprochable à ce sujet.
Nous vivons depuis des siècles et des siècles dans une société structurellement patriarcale, spéciste, validiste, homophobe, raciste, islamophobe et antisémite.
Ces idées, ces concepts ont infusé en profondeur dans nos sociétés, dans nos éducations, dans notre environnement social, on en hérite.
Nous n’en sommes pas responsables, jusqu’au jour où nous décidons d’ouvrir les yeux et de nous former à l’origine de chacun de ces rapports de domination.
En tant que juif·ves de gauche, cela fait plus de deux ans que nous tentons d’alerter nos ami·es, nos camarades de lutte, sur cette question.
En retour nous ne recevons que gaslighting et très souvent une forme de goysplaining.
Nous sommes fatigué·es de nous sentir si seul·es, nous avons besoin que nos vécus, notre parole soient pris en compte.
Nous avons besoin que des personnes non juives nous défendent.
Au-delà de ça, c’est est une faute morale, éthique et politique. (...)
L’humanité est malade,
il va nous falloir être d’une rigueur intellectuelle implacable,
il va nous falloir être courageux·ses,
et garder notre intelligence de cœur malgré toute cette charge émotionnelle qui nous dépasse.
Soyons responsables. (...)