Dans le nord de la France où le Rassemblement national a obtenu des scores élevés aux élections européennes, les associations d’aide aux migrants se disent vigilantes. Elles dénoncent une libération de la parole et des actes racistes contre les populations exilées. Déjà plusieurs incidents ont été recensés ces derniers jours.
Dans le nord de la France, entre Calais et Dunkerque notamment, où patientent depuis des années des milliers de migrants rêvant d’Angleterre, les relations entre immigrés et locaux se sont progressivement dégradées. L’extrême droite s’est enracinée peu à peu sur ce territoire, devenu, pour les cadres du Rassemblement national (RN), le symbole d’une "immigration incontrôlée". Calais en est l’illustration : la ville a crédité Marine le Pen, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, de 57 % des voix à l’élection présidentielle de 2017. Cinq ans plus tard, elle lui a accordé 61 % des suffrages. Même envolée pour les européennes. De 41% en 2019, Jordan Bardella, le président du RN, a raflé plus de 50% au scrutin de 2024 à Calais.
"Partez ou brûlez" (...)
"J’ai reçu des témoignages de personnes exilées qui ont reçu des jets d’eau de javel, à un arrêt de bus, le soir de la dissolution [le 9 juin, ndlr]", explique Juliette Delaplace, du Secours catholique à Calais. "Un autre m’a dit qu’il s’était fait jeter dessus une bombe à eau, avec un liquide sale à l’intérieur", continue-t-elle.
D’autres militants évoquent encore un caillassage devant les locaux du Secours catholique. Une voiture a ralenti à proximité de l’association et des individus ont jeté des projectiles contre des exilés qui se trouvaient sur le trottoir. (...)
Dans la même semaine, les murs d’un ancien squat d’exilés à Calais ont également été recouverts de tags racistes. Sur une photo consultée par InfoMigrants, on distingue des messages écrits en noir sur un mur blanc. "Leave or Burn" (Partez ou brûlez) peut-on lire sur l’une d’entre elles. Ou encore : "À bas la tyrannie migratoire".
"On savait que ça arriverait un jour"
"On savait que ça arriverait un jour…", commente Claire Millot, de Salam. "Je milite dans le nord depuis des années, je n’ai jamais craint les violences de ce genre. Mais maintenant, je fais davantage attention", confesse-t-elle. "Je vérifie que ma maison ne soit pas taguée quand je pars de chez moi, que ma messagerie n’héberge pas de mails d’insultes. Parce que je sais, que maintenant, ça pourrait arriver".
L’association Utopia 56 dit se tenir sur ses gardes aussi. "C’est pas nouveau de faire face à l’extrême droite. On a déjà eu des dégradations de nos locaux, de nos véhicules", développe Charlotte Kwantes, coordinatrice nationale de l’association, à Paris. "On craignait l’amplification de ce phénomène avec le score du RN... Et il n’a pas fallu plus d’une semaine avant que des actes hostiles arrivent et ça, c’est hyper inquiétant. On craignait des menaces, on est face à des passages à l’acte". (...)