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Migration vers l’Europe : les femmes célibataires sont confrontées à des violences sexuelles
#femmes #migrantes #violencessexuelles #viols
Article mis en ligne le 1er janvier 2026
dernière modification le 30 décembre 2025

"Tous les migrants doivent payer un passeur… mais les femmes sont censées offrir des faveurs sexuelles"

Esther dormait dans les rues de Lagos lorsqu’une femme l’a abordée, lui promettant un moyen de quitter le Nigeria pour trouver un emploi et un logement en Europe.

Elle rêvait d’une nouvelle vie, surtout au Royaume-Uni. Chassée d’un foyer d’accueil violent et abusif, elle n’avait plus aucune raison de rester. Mais lorsqu’elle a quitté Lagos en 2016, traversant le désert pour rejoindre la Libye, elle était loin d’imaginer le traumatisme qui l’attendait : contrainte à la prostitution et des années de demandes d’asile dans différents pays.

La majorité des migrants en situation irrégulière et des demandeurs d’asile sont des hommes (70 % selon l’Agence européenne pour l’asile), mais le nombre de femmes comme Esther, venues en Europe pour demander l’asile, est en augmentation.

"Nous constatons une hausse du nombre de femmes voyageant seules, aussi bien sur les routes méditerranéennes que sur celles des Balkans", explique Irini Contogiannis, du Comité international de secours en Italie. (...)

Les routes migratoires sont notoirement dangereuses. L’année dernière, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé 3 419 décès ou disparitions de migrants en Europe, soit l’année la plus meurtrière jamais enregistrée.

Mais pour les femmes, s’ajoute la menace de violences et d’exploitations sexuelles, comme ce fut le cas pour Esther après avoir été trahie par la femme qui lui avait promis une vie meilleure.

"Elle m’a enfermée dans une pièce et a fait entrer un homme. Il m’a violée. J’étais encore vierge", raconte Esther. "C’est ce qu’ils font… ils se rendent dans différents villages du Nigeria pour recruter des jeunes filles et les emmener en Libye pour en faire des esclaves sexuelles." (...)

"Leurs expériences sont différentes et souvent plus risquées", a confié Ugochi Daniels de l’OIM à la BBC. Même les femmes voyageant en groupe manquent souvent de protection, ce qui les expose aux abus des passeurs, des trafiquants ou d’autres migrants.

Nombreuses sont celles qui sont conscientes des risques, mais qui partent malgré tout, emportant des préservatifs, voire se faisant poser des dispositifs contraceptifs au cas où elles seraient violées en cours de route. (...)

Après quatre mois d’exploitation en Libye, Esther s’est enfuie et a traversé la Méditerranée à bord d’un canot pneumatique. Secourue par les garde-côtes italiens, elle a rejoint l’île de Lampedusa.

Elle a déposé trois demandes d’asile avant d’obtenir le statut de réfugiée.

Les demandeurs d’asile originaires de pays considérés comme sûrs sont souvent déboutés. (...)

Cependant, de nombreuses femmes arrivant de pays considérés comme sûrs affirment que les violences subies en raison de leur sexe ont rendu leur vie impossible dans leur pays d’origine.

C’est le cas de Nina, une Kosovare de 28 ans.

"On croit que tout va bien au Kosovo, mais c’est faux", explique-t-elle. "La situation des femmes est terrible."

Nina raconte que sa sœur et elle ont été victimes d’abus sexuels de la part de leurs petits amis, qui les ont forcées à se prostituer.

Un rapport de 2019 de l’OSCE, l’organisation européenne de sécurité, indique que 54 % des femmes au Kosovo ont subi des violences psychologiques, physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire intime depuis l’âge de 15 ans.

Les femmes persécutées pour des violences sexistes ont droit à l’asile en vertu de la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe, un droit confirmé par un arrêt historique de la Cour de justice de l’Union européenne l’année dernière. La Convention définit les violences sexistes comme étant psychologiques, physiques et sexuelles, et inclut les mutilations génitales féminines (MGF).

Cependant, selon des organisations caritatives, ses dispositions ne sont pas encore appliquées de manière uniforme.

"Beaucoup de responsables de l’asile sur le terrain sont des hommes insuffisamment formés pour traiter une question aussi délicate [que les mutilations génitales féminines], tant sur le plan médical que psychologique", explique Marianne Nguena Kana, directrice du Réseau européen End FGM.

De nombreuses demandes d’asile sont rejetées, poursuit-elle, sur la base d’une hypothèse erronée : les femmes ayant déjà subi des MGF ne courraient plus aucun risque. (...)

"Les femmes sont fréquemment traitées à la hâte et peuvent ne pas révéler les violences sexuelles subies à un agent d’immigration qu’elles viennent de rencontrer", explique Arnold.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a indiqué à la BBC qu’une grande partie des violences subies par les femmes se produisent durant leur périple.

"Les femmes échappent généralement aux violences sexuelles de leurs partenaires dans leur pays d’origine, puis, durant leur voyage, elles les subissent à nouveau", explique Ugochi Daniles. (...)