Dans un rapport publié le 20 janvier, la DGEF établit qu’un immigré sur trois disposant d’un diplôme et travaillant en France occupe "un poste dont les exigences de compétences sont inférieures à son niveau de formation". Les femmes immigrées subissent encore plus fortement ce déclassement.
"En Tunisie, j’ai eu un diplôme dans le secteur de la climatisation, je suis technicien, mais ici, actuellement, je suis demandeur d’emploi." Khaled est Tunisien, en règle depuis 4 ans sur le sol français. Pourtant sa vie professionnelle peine à redémarrer. "Je rencontre beaucoup de difficultés pour trouver un travail même si j’ai des qualifications", confie-t-il à InfoMigrants.
De nombreux immigrés, comme Khaled, qui travaillent en France ont de nombreuses compétences professionnelles inexploitées.
(...) "J’ai fait beaucoup de métiers en France", continue Khaled. "J’ai fait de la plonge, j’ai fait de la livraison à bicyclette, avec Uber, avec Stuart. J’ai fait des remplacements en tant que gardien d’immeuble." Des petits boulots alimentaires pour ce Tunisien de 54 ans, qui ne rendent pas justice à son niveau d’études.
Les auteurs du rapport de l’Insee relèvent aussi des disparités parmi les immigrés eux-mêmes concernant le déclassement professionnel. Ainsi, les immigrés issus de pays de l’Union européenne (UE) ont tendance à être un petit peu moins déclassés que les ressortissants d’un pays tiers à l’UE (29 % pour les premiers contre 34 % pour les seconds). (...)
Alors que les femmes nées en France connaissent, elles aussi, un déclassement par rapport aux hommes nés en France, "les femmes immigrées cumulent une double difficulté, liée à la fois à leur origine migratoire et à leur appartenance au genre féminin", soulignent les auteurs du rapport.
"Les femmes, plus souvent en emploi dans les services et davantage concernées par le temps partiel, sont structurellement plus exposées au déclassement que les hommes", avancent-ils comme explication à ce différentiel. (...)
Pour Pauline Vallot, les femmes immigrées peuvent également subir une "sortie de l’emploi" après leur arrivée en France alors qu’elles travaillaient dans leur pays d’origine. "Un facteur important qui explique cela, c’est la difficulté d’accès à un moyen de garde d’enfants pour les femmes qui en ont, notamment parce que le réseau familial n’est pas sur place", détaille la sociologue.
L’étude de l’Insee indique également que les migrants qui ont quitté leur pays d’origine pour une raison humanitaire sont plus touchés par le déclassement professionnel. (...)
Niveau de français et reconnaissance du diplôme
Parmi les facteurs aggravants, le rapport de la DGEF relève tout particulièrement le niveau de français, la reconnaissance du diplôme de la personne en France et les discriminations subies. (...)
"Il y a beaucoup de personnes qui sont arrivées en France, ont poursuivi leurs études ici et ont donc un diplôme français. On voit que ces personnes sont plus souvent dans des emplois moins qualifiés, alors qu’elles ont un diplôme français." (...)
Les métiers concernés par la présence d’immigrés déclassés sont divers mais beaucoup d’entre eux se trouvent dans des professions d’employés qualifiés. Plus d’un immigré sur deux y occupent "un poste en dessous de leur niveau de diplôme", souligne le rapport de la DGEF. Et cela est encore plus remarquable lorsque le métier est peu qualifié : "48 % des immigrés employés peu qualifiés sont déclassés, 46 % des ouvriers peu qualifiés et 38 % des ouvriers qualifiés".
Pour les personnes qui arrivent en France et se retrouvent contraintes de prendre des emplois moins qualifiés que ceux qu’elles exerçaient dans leur pays, cela peut être un choc.
Dans les entretiens qu’elle a menés avec des immigrés diplômés du supérieur et déclassés en France, Pauline Vallot a observé que les personnes "n’avaient pas forcément anticipé une telle dévalorisation de leur diplôme et de leur expérience professionnelle".
"Il y a parfois une prise de conscience à ce moment-là. Des personnes se disent : ’Ici, j’ai l’impression de ne pas avoir de diplôme’, tellement ce n’est pas reconnu", rapporte la sociologue.