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France24
Tunisie : les autorités accusées de forcer les retours "volontaires" des migrants
#Tunisie #migrants #exiles #immigration #racisme #UE #OIM #France
Article mis en ligne le 4 février 2026

Situés près de Sfax, les campements d’El Amra et de Jebeniana, qui regroupent des milliers de migrants essentiellement subsahariens, sont la cible d’opérations répétées des autorités tunisiennes depuis début 2026, alors que le pays veut favoriser les “retours volontaires”.

Des tentes brûlées, des vêtements déchirés et des toiles de tentes lacérées. Le 2 février 2026, des images témoignent d’une nouvelle opération des forces de l’ordre dans les campements de migrants près de la ville portuaire de Sfax. (...)

Le même scénario s’était joué dans la nuit du 15 au 16 janvier autour du camp d’El Amra. Une tente qui faisait office d’hôpital de fortune a été réduite en cendres, comme la plupart des installations du campement. Les témoins et les associations accusent la Garde nationale d’avoir procédé à ce démantèlement. (...)

Déjà visés par une opération de démantèlement en avril 2025, les campements sont toujours dans le collimateur des autorités. Les associations locales de défense des réfugiés dénoncent une intensification des entrées et des violences commises par les forces de l’ordre qui interviennent désormais la nuit. (...)

"L’objectif est de terroriser pour forcer les retours dits volontaires"

David Yambio, cofondateur et porte-parole de l’organisation Refugees in Libya qui documente la situation des réfugiés en Tunisie et en Libye, dénonce ces nouvelles formes de violence comme mode opératoire depuis janvier dernier. (...)

"Des civils armés de machettes et d’armes de chasse attaquent les migrants"

L’occupation des oliveraies crée des tensions avec les locaux à qui appartiennent ces terres. "Des civils, armés de machettes et d’armes de chasse attaquent les migrants. Nous avons documenté plusieurs meurtres commis par des citoyens tunisiens", affirme David Yambio. "Les locaux nous insultent. Ils disent qu’on est des esclaves. Parfois, tu travailles pour eux et ils ne te paient pas", raconte Héléna.

D’après le rapport "Profil migratoire de la ville de Sfax" financé par l’Union Européenne et l’organisation MC2CM (Mediterranean City-to-City Migration), la région propose des emplois informels dans les domaines agricoles et industriels pour les hommes, et domestique pour les femmes.

Mais la loi tunisienne interdit aux migrants les métiers que les Tunisiens pourraient exercer. Une plainte ne peut être déposée par un employeur pour agression sur une personne migrante, ce à quoi s’ajoute la peur de se déclarer résident en situation irrégulière auprès de la police tunisienne.
La migration comme partenariat stratégique entre l’UE et la Tunisie

Le 16 juillet 2023, l’Union Européenne a conclu avec la Tunisie un accord prévoyant une aide de 105 millions d’euros pour lutter contre l’immigration irrégulière. Dans les grandes lignes, il s’agit de livraisons de bateaux, radars mobiles, caméras, véhicules ainsi que d’une coopération dans la lutte contre les réseaux de passeurs.

Selon les migrants et les associations locales, cette politique répressive agit directement sur les actions de terrain. Aujourd’hui, les associations comme le Croissant Rouge ou Médecins du monde ne sont plus visibles dans les camps autour de Sfax.(...)

"Ils reçoivent de l’argent et, en échange, convainquent les gens de rentrer chez eux"

En juillet 2025, la Tunisie avait affirmé prendre à sa charge des billets d’avions pour renvoyer des migrants subsahariens dans leurs pays, une voie parallèle à celle des retours organisés par l’Organisation internationale pour les migrations.

Un mécanisme de retour "volontaire" s’est fait connaître des migrants via des groupes Facebook et Whatsapp. Ceux qui administrent ces groupes proposent des prises en charge rapides et disent organiser un à deux retours par semaine. Selon Le Monde, les personnes rapatriées se voient proposer 100 euros, et aucune prise en charge une fois arrivée dans leur pays d’origine. À l’inverse, les retours organisés par l’OIM sont plus longs à organiser mais mieux pris en charge. (...)

Les autorités tunisiennes n’ont pas confirmé être liées à ces groupes. Les indicatifs des numéros présents dans le groupe Whatsapp indiquent que la plupart des membres viennent de Guinée, de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso ou du Niger. (...)