Arrivée au pouvoir il y a deux ans, la présidente du Conseil des ministres italiens Giorgia Meloni a fait passer nombre de textes pour limiter les arrivées de migrants, restreindre les permis de séjour en Italie et favoriser les expulsions. Dernière mesure en date : un accord conclu avec l’Albanie pour y envoyer les exilés arrivés dans le pays.
Deux ans jour pour jour après son arrivée à la présidence du Conseil des ministres italiens, Giorgia Meloni s’est imposée auprès de plusieurs dirigeants européens comme un modèle de gestion de l’immigration. Notamment avec sa dernière mesure en date : l’envoi en Albanie de migrants arrivés en Italie. Pourtant, le transfert de douze premiers exilés, arrivés dans les centres albanais le 15 octobre, a déjà été annulé par la justice italienne.
Depuis deux ans, la dirigeante a mis en place tout un arsenal législatif destiné à freiner les arrivées de migrants et compliquer le travail des associations de secours en Méditerranée. (...)
Haro sur les ONG (...)
Durcir la législation
En avril 2023, alors que l’île de Lampedusa connaît de fortes arrivées, l’état d’urgence migratoire est décrété en Italie pour six mois. Celui-ci prévoit la nomination d’un commissaire spécial chargé de gérer le dossier de l’immigration. Un fonds de cinq millions d’euros est également créé, notamment pour permettre de "décongestionner" le centre d’accueil surpeuplé de Lampedusa.
À peine un mois plus tard, en mai 2023, le décret Cutro est inscrit au Journal officiel. Ce nouveau texte législatif, nommé en référence à la ville de Calabre où a eu lieu un dramatique naufrage en février 2023, prévoit un nouveau tour de vis en matière migratoire dans le pays.
Il prévoit notamment une restriction de la "protection spéciale", un titre de séjour accordé aux migrants ne pouvant pas bénéficier de l’asile ou de la protection subsidiaire.
Le gouvernement annonce également dans ce texte vouloir construire un "centre de rétention pour rapatriement" (CPR) dans les 20 régions du pays. On dénombre actuellement 10 sites en Italie, pour une capacité totale de 1 500 places. Les personnes qui y sont retenues y vivent dans des conditions désastreuses, déjà dénoncées par des politiques de l’opposition, des militants et la Cour européenne des droits de l’Homme. (...)
En vertu du décret Cutro, les migrants considérés comme illégaux pourront être maintenus plus longtemps dans les centres de rétention : la durée maximale de rétention est portée de 120 à 135 jours.
Tests osseux pour mineurs
Fin 2023, un nouveau texte baptisé Cutro 2 est adopté. Ce nouveau texte durcit notamment les conditions d’accueil des migrants mineurs, instaurant la possibilité d’héberger des mineurs non accompagnés de plus de 16 ans dans des centres de réception pour adultes, pour une durée maximale de 5 mois.
Cutro 2 prolonge également le délai d’hébergement des mineurs de moins de 16 ans dans les centres dédiés, de 30 à 45 jours. Et les autorités italiennes introduisent aussi, avec ce texte des examens physiques – tests osseux par exemple – pour établir la minorité des migrants se déclarant mineurs. (...)
En cas de flux migratoires intenses, Cutro 2 rend également possible le dépassement des capacités des centres : de 50 % dans les structures pour mineurs et 100 % dans ceux des adultes.
Avec cette nouvelle législation, toute personne reconnue coupable, même avec une peine non définitive, de blessures corporelles sur des individus mineurs ou infirmes ne peut plus entrer en Italie. Les portes du pays sont également fermées aux exilés qui ont commis des crimes "liés à des pratiques de mutilation génitale féminine" ou qui ont entraîné des "blessures permanentes au visage". Enfin, le délai de recours contre l’expulsion d’un étranger titulaire d’un titre de séjour de longue durée dans l’Union européenne (UE) est réduit de 30 à 15 jours.
Visas de travail supplémentaires
Dans le même temps, le gouvernement a fortement accru le nombre de visas de travail pour les ressortissants hors de l’UE, notamment dans les secteurs de l’agriculture et du tourisme, tout en simplifiant les procédures.
Alors qu’en 2018 et 2019 moins de 31 000 travailleurs temporaires ont été autorisés en Italie chaque année, le gouvernement en a planifié plus de 450 000 sur trois ans d’ici 2025. (...)
Ces visas de travail s’inscrivent dans le plan de Giorgia Meloni qui consiste à se rapprocher des pays d’origine des migrants pour réduire les arrivées. Depuis février 2017, l’Italie finance la formation et l’envoi de matériel aux gardes-côtes libyens pour qu’ils interceptent les embarcations de migrants en Méditerranée et les ramènent en Libye.
C’est sur ce modèle qu’à l’été 2023, l’Union européenne a conclu un accord avec la Tunisie. Giorgia Meloni, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte se sont rendus à Tunis pour signer le texte. Centré sur la lutte contre l’immigration irrégulière, l’accord doit également servir à soutenir le pays qui connaît de graves difficultés économiques. Giorgia Meloni s’est également rendue seule plusieurs fois en Tunisie depuis 2023 pour négocier des accords migratoires et économiques. (...)
Parmi les projets que Giorgia Meloni défend lors de ces visites sur le continent, il y a le "Plan Mattei pour l’Afrique", annoncé dès 2022, et qui consiste à miser sur le développement économique de l’Afrique pour réduire l’immigration.
En janvier 2024, l’Italie a annoncé 5,5 milliards d’euros d’investissements destinés au continent. "Par la suite, selon certaines sources, il est apparu que les pays concernés par les projets seraient le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, l’Algérie, l’Éthiopie, le Kenya, le Mozambique, la République du Congo et la Côte d’Ivoire, mais les projets sont en cours de définition (...)
Une stratégie saluée en Europe (...)
la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a déclaré que l’UE devrait étudier davantage l’idée de "centres de retour" de migrants en dehors de ses frontières, affirmant qu’elle pourrait "tirer des leçons" de l’expérience Italie-Albanie.