Ma réflexion ces trois dernières années avait deux objectifs explicites : rénover la compréhension du zéro déchet, et étudier la possibilité de l’utiliser comme principe d’union politique. Il en avait aussi un plus souterrain : comprendre ce qui séparait mon écologie, blanche, bourgeoise, des mouvements écologiques populaires et non-blancs. Je ne voulais pas d’une explication purement sociologique. Je voulais saisir ce qui n’allait pas dans nos idées, notre rapport au monde et nos outils conceptuels.
Ma conclusion est que mon écologie est unie par un système politique qui structure le monde que nous connaissons, et que le philosophe Charles W. Mills nomme « suprématie blanche ». Ce système rend solidaires les blancs entre eux, déshumanise les personnes non-blanches et crée les catégories raciales de « blanc » et « non-blanc·he ». On ne peut pas réunir les écologies d’émancipation sans lutter frontalement contre ce système.
Il n’y a pas d’avenir pour une écologie qui se veut juste sans être antiraciste. Elle reconduira inévitablement les mêmes causes que celles qui aboutissent à la destruction globalisée, parce qu’elle intègre dans son approche les principes de la division, de la hiérarchisation et de la domination. Avec mes articles, j’ai proposé un parcours pour aider les écologistes blanc⋅hes à en prendre conscience.
Si les intérêts de classe sont aussi importants, ils me semblent moins structurants. Parce que les blancs pauvres savent s’unir aux blancs qui les écrasent pour peu qu’ils leur assurent que les non-blancs restent en dessous. Ce n’est pas une opinion personnelle, c’est l’histoire du monde. C’est celle de notre époque. Voilà pour l’objectif souterrain.
Un anti-capitalisme paradoxal (...)
Le zéro gaspillage est révolutionnaire dans ses ambitions, pas dans ses outils intellectuels. (...)
Mon indécision est ici moins un échec que le témoin que les solutions sont collectives, qu’elles demandent des collectifs divers, riches. L’analyse des problèmes peut parfois se faire seul (comme ici) mais leur résolution n’est pas quelque chose qui se passe dans un texte, encore moins un texte à une voix.