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"De plus en plus de jeunes filles mineures rejoignent Ceuta à la nage" : quand la migration vers l’Espagne se féminise
#migrantes #Ceuta #Maroc #Espagne #immigration
Article mis en ligne le 3 novembre 2024
dernière modification le 31 octobre 2024

Un nouveau phénomène semble prendre de l’ampleur au Maroc : des jeunes filles, mineures, qui tentent de traverser la mer à la nage pour rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta. Jusque-là circonscrite aux hommes, cette tendance a émergé avec l’histoire d’une traversée d’une influenceuse marocaine de 19 ans qui cumule des centaines de milliers de vues sur TikTok. InfoMigrants s’est entretenu à ce sujet avec Ali Zoubeidi, spécialiste de l’immigration basé au Maroc et consultant auprès d’organisations internationales.

Ali Zoubeidi
(...) Les familles sont de plus en plus nombreuses à lancer des appels sur les réseaux sociaux pour retrouver leur fille, disparue en mer ou arrivée en Espagne. Des quartiers entiers se vident de leurs jeunes femmes, dans la région de Fnideq [frontalière avec Ceuta, ndlr] mais pas seulement. Ce phénomène touche tout le territoire marocain. (...)

désormais, elles font la traversée seules ou entre copines, sans l’intermédiaire de passeurs. Elles s’organisent sur Facebook ou Whatsapp (...)

il faut compter entre 2 500 et 12 000 euros pour rejoindre les enclaves [Ceuta et Melilla sont les deux territoires espagnols en Maroc, seules frontières terrestres en Afrique avec l’Europe, ndlr] par voie terrestre, en se cachant dans des camions. Alors qu’à la nage, elles ne doivent débourser que quelques centaines d’euros pour se payer des bouées, une combinaison et des palmes.

Mais même si la distance entre le sol marocain et l’enclave espagnole est courte, la traversée à la nage est très risquée. (...)

Aujourd’hui, c’est sensationnel, glamour, de faire la traversée. On relate ses exploits sur les réseaux, quitte à masquer la réalité. Celles restées au pays assistent au "succès" de ces jeunes Marocaines sur leur téléphone, et se disent "pourquoi pas moi".

Et puis, il faut reconnaître qu’on manque de modèle au niveau national. Donc quand on en voit Chaimae El Grini réussir, ça attire forcément. (...)

Le principal risque est évidemment de mourir en mer. Celles qui réussissent la traversée peuvent être embrigadées dans des réseaux de traite et d’exploitation : vol, pornographie, pédocriminalité, mendicité, vente de drogues, trafic d’organes…

Certaines sont appâtées par des réseaux marocains et hispano-marocains qui travaillent dans les enclaves. Ils leur promettent de l’argent, et de les aider pour accélérer leur procédure de régularisation. C’est comme ça qu’elles tombent dans les griffes des trafiquants.

Ils profitent de leur vulnérabilité pour les enrôler. Imaginez ces jeunes filles : chez elles, dans leur zone de confort, elles peuvent déjà être vulnérables à cause de leur âge. Alors dans un autre pays dont elles ne parlent pas la langue, elles deviennent des proies faciles. (...)