Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Infomigrants
Belgique : le gouvernement veut "accélérer les retours" des sans-papiers marocains
#Belgique #exilés #migrants #Maroc #expulsions #immigration
Article mis en ligne le 9 juin 2024
dernière modification le 7 juin 2024

Conséquence d’un accord de réadmission conclu en avril entre Bruxelles et Rabat, les expulsions d’exilés marocains en situation irrégulière ont doublé cette année, par rapport à la même période l’an passé. Des résultats dont se félicitent les autorités mais qui, pour les ONG, créent un malaise auprès de la population marocaine, très nombreuse en Belgique.

Le 15 avril, plusieurs membres du gouvernement, dont la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden, se sont rendus à Rabat pour renouveler des traités de coopération économique. Ce fut l’occasion, aussi, de négocier des accords portant sur les retours forcés des exilés marocains. Selon Nicole de Moor, le gouvernement marocain s’est engagé à réadmettre sur son sol toute personne identifiée comme étant de nationalité marocaine et sans titre de séjour en Belgique, prérogative indispensable à une expulsion dans le pays d’origine. (...)

Aucun quota n’a été convenu entre les deux parties. Mais la Secrétaire d’État a assuré qu’il s’agissait d’un "engagement très clair " de la part du Maroc. "Le respect de cet engagement devrait permettre de simplifier et d’accélérer les procédures de retour", assure son cabinet.

Les personnes concernées par ces expulsions seront "en priorité" celles "qui ont commis des actes criminels et purgé des peines d’emprisonnement, des nuisances et ont été arrêtées lors d’actions de police". D’après le cabinet de Nicole de Moor, contacté par InfoMigrants, 674 Marocains en situation irrégulière et actuellement incarcérés sont amenés à être expulsés après leur libération. Ils seront transférés au Maroc via des vols réguliers entre la Belgique et le Maroc.

"Augmenter les retours" (...)

Mais si les exilés marocains étaient, pour ces trois années, les premiers concernés par ces décisions, ils ne figurent qu’au 10e rang des nationalités concernées par les retours forcés dans le pays d’origine. En clair, si beaucoup reçoivent un avis d’expulsion, seule une petite partie d’entre eux ont finalement été expulsés de Belgique. Un décalage que Nicole de Moor s’est donc engagé à rétrécir drastiquement. (...)

pour Pauline Wautié, en charge de la question des sans-papiers pour le Ciré, collectif d’associations, "pointer du doigt les Marocains en prison ou ceux qui ont commis des délits, distille l’idée, dans la tête des gens, que tous les Marocains sont forcément des délinquants. Alors que ces personnes ont des attaches en Belgique, elles travaillent, ont construit leur vie ici et se battent depuis des années pour avoir des papiers". (...)

Pour appliquer sa politique de retour, le gouvernement belge prévoit l’ouverture prochaine de quatre nouveaux centres fermés, équivalent des centres de rétention en France. Fin mars 2022 déjà, Bruxelles avait créé 500 places supplémentaires. (...)

Les autorités comptent également sur la "loi Frontex". Adoptée par le Parlement le 3 mai, elle autorise le déploiement des garde-frontières européens sur son territoire pour réaliser des contrôles d’identité dans les aéroports, les ports, à la gare de Bruxelles-Midi et au niveau du terminal Eurostar.

Une décision qui inquiètent de nombreuses ONG. (...)

D’après Pauline Wautié, ce durcissement "inquiète beaucoup les exilés sans-papiers, les Marocains comme les autres". "Les personnes s’invisibilisent, et n’ont même plus le courage d’entamer des démarches ou des recours. Elles ont peur, se cachent, ne veulent pas se faire remarquer de peur d’être arrêtées, et renvoyées dans un pays qu’elles ont quitté il y a des années".