Le gouvernement fait volte face : alors qu’une hausse du financement de l’Aide médicale d’État avait été annoncée la semaine dernière, ses crédits seront finalement gelés en 2025. Pas question, en revanche, d’en réformer le cadre, ont martelé de concert ministres du Budget et de la Santé. Des positions à contre-courant de celle défendue depuis des semaines par leur collègue de l’Intérieur Bruno Retailleau.
Elle n’en finit plus de faire parler d’elle au sein du gouvernement. Menacée de suppression par le nouveau ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, puis finalement conservée, c’est aujourd’hui le financement de l’Aide médicale d’État (AME) qui agite les discussions. Jeudi dernier, le projet de budget 2025 prévoyait en effet une hausse des crédits de l’AME de 8%, à 1,3 milliard d’euros, contre 1,2 en 2024. Mais un amendement déposé par le gouvernement, et révélé par RMC, a tué la proposition dans l’œuf : les crédits consacrés à l’AME seront finalement gelés pour l’année prochaine.
"On a besoin, comme toutes les dépenses, de savoir mieux les maîtriser", s’est justifié le ministre du Budget Laurent Saint-Martin sur BFMTV. Mais l’AME, "enjeu de santé publique et d’humanité", "sera préservée", a-t-il fait savoir. (...)
L’AME est une aide sociale qui garantit aux étrangers en situation irrégulière présents depuis au moins trois mois sur le territoire français la prise en charge de certains soins médicaux. C’est la seule aide dont peuvent bénéficier les sans-papiers en France. Les soins concernés sont remboursés par l’État, mais sur une base tarifaire de la sécurité sociale. Cela signifie que le migrant a souvent un "reste à charge". (...)
En terme de santé publique aussi, réformer l’AME serait un "non sens", s’était ému Mathieu Quinette, coordinateur du programme mineurs non accompagnés de Médecins du Monde. "Si on ne permet pas aux étrangers de se soigner, ils vont tomber malades. Et s’ils tombent malades, il y a de grandes raisons que la population tombe malade elle aussi […] Si les étrangers n’ont plus accès à l’AME, ils vont sursaturer l’hôpital public."
Ce matin, la ministre de la Santé Geneviève Darrieussecq l’a confirmé sur France Inter : "le cadre général" de l’Aide médicale d’État "ne changera pas". "C’est le système le plus contrôlé, le plus sûr", a-t-elle insisté. "L’aide médicale d’État, c’est un sujet de santé et de santé publique, voire même de salubrité publique […] Je ne suis pas pour sa suppression". (...)