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A Mayotte, le grand désespoir de la jeunesse
#Mayotte
Article mis en ligne le 3 mars 2024
dernière modification le 1er mars 2024

L’annonce de Gérald Darmanin de supprimer le droit du sol à Mayotte a suscité de vifs débats nationaux. Mais ce droit est déjà sérieusement entamé localement, dans une dynamique privant d’avenir serein tout un pan de la jeunesse et mettant en péril celui de toute une île. Reportage auprès des rejetés de la République.

(...) des presque jumeaux, l’un est né français, l’autre sans-papier. Cela s’est joué à peu de choses : si Oussene avait franchi le cap de la majorité avant 2018, il serait lui aussi Français, du fait du fameux « droit du sol » dont on parle tant. Mais à l’époque, un sénateur local des rangs de la majorité présidentielle, Thani Mohamed Soilihi, propose à ses collègues d’adopter un amendement à la loi Asile et immigration à destination du 101ème département français.

Depuis lors, un enfant né sur le territoire ne peut plus prétendre à la nationalité française si l’un de ses deux parents n’était pas en situation régulière sur ce même sol au moment de sa naissance. Des milliers de gamins sont concernés par cette mesure aux effets rétroactifs. Dont Oussene.

18 ans, le début de « la galère »

Cela fait désormais trois ans que le jeune homme est majeur. Depuis, « c’est vraiment la galère. » À défaut de carte d’identité, Oussene doit demander un titre de séjour pour « commencer dans la vie ». Il remplit toutes les conditions pour l’obtenir, multiplie les demandes, les bakchiches auprès des cybercafés qui ont leurs contacts en préfecture, mais rien n’y fait. Pour ajouter aux freins, les collectifs anti-immigration font le siège du service des étrangers de la préfecture depuis près d’un an.

Pour tenter de contourner ce nouveau blocage, sa mère a déboursé une part significative de ses économies pour s’adjoindre les services d’un « avocat ». Ils sont nombreux à se faire appeler ainsi et se poser en intermédiaires pour l’obtention des papiers sur l’île, sans pour autant détenir de diplôme ou une inscription au barreau.

Toujours rien. L’attente, l’espoir et son contraire. La peur, aussi, d’être expulsé à tout moment vers un pays qu’il ne connaît pas. Il suffit d’un contrôle, comme il s’en effectue partout et tout le temps, pour que tout bascule (...)

S’ils sont nombreux à partager le sort d’Oussene, reste qu’une minorité d’enfants peut encore prétendre à l’acquisition de la nationalité par le « droit du sol ». En annonçant vouloir définitivement le supprimer, Gérald Darmanin et Emmanuel Macron continuent à fabriquer l’image terrifiante d’un afflux massif, et qu’il faudrait stopper à tout prix, de jeunes Comoriens nés à Mayotte se rendant au tribunal pour en ressortir carte d’identité en poche.

« Mais c’est de l’esbroufe, en réalité ça fait des années qu’il est devenu quasiment impossible pour les jeunes nés à Mayotte d’obtenir la nationalité française par le droit du sol » (...)

Tandis que la machine à expulser tourne à plein régime sur le territoire, avec 25 000 expulsions par an, l’État crée des sans-papiers à l’échelle industrielle, expulsables à 18 ans.

L’abandon et la dérive (...)

Dans ce contexte, les rangs d’une jeunesse en perdition, prise dans une spirale de violence aussi rageuse qu’aveugle et de délinquance de survie, sont appelés à grossir. (...)

en amont, avant le couperet des 18 ans qui assigne nombre de jeunes à l’errance donc ou à une potentielle expulsion, on estime déjà à 10 000 le nombre de mineurs déscolarisés et plongés dans la plus grande misère. Un chiffre lui aussi appelé à grossir. (...)

Violence de tous les horizons

Mais pour les responsables politiques et leurs relais, la violence qui sévit sur le territoire serait uniquement le fait d’étrangers. (...)

« Tout le monde fait des bêtises ici. Même si c’est encore plus la galère pour ceux qui n’ont pas de papier, c’est la galère pour tout le monde », continue Oussene. (...)