Éparpillées à Marseille, quatre fermes urbaines ont créé un modèle d’entraide professionnelle. Deux fois par mois, les maraîchers se retrouvent chez un confrère pour rompre leur isolement.
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« Une journée d’entraide, c’est l’équivalent de deux ou trois jours de travail »
« On a des similitudes dans notre travail, donc c’est chouette de pouvoir en discuter », dit Raphaëlle. Adepte des mêmes pratiques agricoles, notamment le maraîchage biologique sur sol vivant, chacun sait ce qu’il doit faire. Certaines tâches non mécanisées sont chronophages, comme le désherbage des parcelles. « Quand on est tout seul, moralement, c’est dur ; quand on est beaucoup, c’est bien, ça va vite », affirme Rémy Van Den Bussche, à la tête de la ferme des Petits Champs, dans les quartiers nord de Marseille.
À la différence d’un coup de main ponctuel donné par des amis ou de la famille, ce soutien est régulier et professionnel. (...)
Briser l’isolement
L’idée d’une entraide n’est pas nouvelle. Dans le milieu rural, de nombreux paysans se soutiennent, se prêtent du matériel et viennent dans les fermes de leurs pairs prêter la main. En ville, la proximité avec les autres fermes est moins évidente. (...)
En plus d’une aide professionnelle, les agriculteurs y trouvent un réconfort moral. « C’est un métier où on ne gagne pas et où on travaille beaucoup », décrit Raphaëlle. « Ici, on a le droit de dire qu’on en a marre », s’écrie Joëlle.
Selon la MSA, la Sécurité sociale agricole, ses assurés entre 15 et 64 ans présentent un risque de suicide accru de 43 % par rapport au reste des assurés. (...)
Achats groupés et prêts de matériel
À la fin de la matinée de travail, les maraîchers passent à table dans une ambiance détendue et conviviale. Assis à l’extérieur à une table en bois pour profiter de la lumière blanche du soleil hivernal, chacun discute de ses projets. Muni du catalogue de commande de graines et de plants, Rémy demande si certains désirent commander des bulbes d’oignons. « On fait souvent des achats groupés », explique Raphaëlle. Une seule ferme peut alors se déplacer pour aller chercher les plants et faire gagner du temps à tous les autres. « Parfois, il faut aller jusqu’à Carpentras », à une heure de route de Marseille, explique Joëlle.
« On se prête aussi du matériel », raconte Joëlle, qui « demande souvent à Rémy de rapporter des outils pour l’entraide ». Ces prêts se font les yeux fermés, car tout le monde est confiant dans le savoir-faire des autres. Rémy et Joëlle tiennent aussi ensemble un stand sur le marché des producteurs de la Plaine, le vendredi soir, au cœur de Marseille. (...)
Cette entraide régulière assure à chaque ferme un coup de pouce tous les deux mois, dans un esprit professionnel et bienveillant. Les quatre fermes ne souhaitent pas élargir leur modèle, « pour conserver le bon fonctionnement », indique Joëlle, mais invitent d’autres exploitations à se rassembler pour se soutenir et sortir de l’isolement de leur métier. À Marseille, rendez-vous est pris en janvier pour venir aider la ferme du Roy d’Espagne.