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"Vous comprenez ce qui pose problème" : des collages féministes retirés avant la visite à Nice de Gérald Darmanin
#Darmanin #feminisme
Article mis en ligne le 10 décembre 2022

Les slogans féministes collés sur la vitrine de la librairie Les Parleuses, avec l’accord des gérantes, ont été dissimulés par les forces de l’ordre avant l’arrivée du ministre de l’Intérieur, ce vendredi matin. Gérald Darmanin se rendait en face pour visiter le futur hôtel des polices de Saint-Roch, à Nice.

"Qui sème l’impunité récolte la colère", "violeurs on vous voit, victimes on vous croit." Ces collages féministes n’ont rien d’illégal, tant que les propriétaires des murs donnent leur accord pour les afficher. Mais, lorsque Gérald Darmanin est de passage, le droit ne semble pas s’appliquer tout à fait de la même façon. (...)

Quelques jours auparavant, Les Parleuses recevait encore la journaliste Hélène Devynck, qui a porté plainte contre Patrick Poivre d’Arvor, pour parler de son livre Impunité (Ed. Seuil, 2022) : "On a discuté des violences faites aux femmes et de la manière dont étaient traitées les affaires par la justice", raconte Maud Pouyé. "C’était donc très important que ces messages puissent être affichés à l’intention du ministre."

Cachez ce message que le ministre ne saurait voir

Quelques militantes du collectif se retrouvent donc au petit matin pour coller des slogans aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la librairie. Dès 8h45, des forces de l’ordre arrachent les affiches des vitrines, situées juste en face du futur hôtel des polices où doit se rendre Gérald Darmanin. Mais, surprise, ces mêmes messages sont collés à l’intérieur de la boutique.

Un groupe de policiers se charge alors d’une tâche pour le moins inhabituelle dans le cadre de leurs fonctions : ils tendent des tissus noirs devant les vitrines de la librairie, située à l’angle de la place du Général Georges-Marshall et de la rue Delfy.

Sur une façade, coup de bol, un échafaudage est dressé devant la boutique : il est alors aisé de dissimuler les messages jugés inconvenants. Mais, sur l’autre, pas moyen d’accrocher l’étoffe supposée dérober aux regards du ministre les interpellations féministes. Il faut alors bricoler une structure de bois, adossée contre la vitrine par les policiers. (...)

L’opération est filmée depuis un café par les militantes du collectif de collages féministes. "Putain, les mecs, ils rigolent pas quoi !" lâche l’une d’elles, médusée, tandis que d’autres éclatent de rire à la vue de ces fonctionnaires de l’État, occupés à stabiliser le paravent improvisé - le tout, sous une pluie battante.

A l’arrivée des gérantes de la librairie, un policier les accostent : "Vous comprenez ce qui pose problème", leur aurait-il dit, selon Maud Pouyé, avant de procéder à un contrôle de leur identité. Les libraires tentent de comprendre ce qui leur est reproché. "Aucun de ces messages ne présente un caractère diffamatoire", leur fait-elle remarquer. "L’un d’eux m’a répondu : ’Moi je ne fais qu’appliquer les ordres qu’on m’a donnés.’ C’est quand même extrêmement problématique."
"Ça me pose vraiment question"

A 10 heures, les libraires ont le droit d’ouvrir, tant que leur vitrine reste derrière le voile noire de la police. Puis, après le départ du ministre en fin de matinée, les installations sont retirées. Les collages, eux, restent affichés sur la vitrine de la librairie. (...)